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Histoire Contemporaine de Chasseneuil sur Bonnieure

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INTRODUCTION… à l’Histoire Contemporaine de Chasseneuil

Les textes qui peuvent être consultés dans cette section n’ont aucunement la prétention de représenter de manière exhaustive

La première guerre mondiale

La municipalité de Jean Julien est occupée aux grands travaux des nombreux chemins de Chasseneuil. Le secrétaire de mairie, M. Pierre Brun s'occupe avec le conseil de nombreuses demandes de soutiens de toutes parts pour les familles. On vient de changer le garde-champêtre. M. Laurent était chef cantonnier, devient le nouveau « surveillant » de la commune. En cette fin d’année 1913 le 9 novembre Pierre Kühn, le tambour afficheur, demande à être remplacé à partir du 1er janvier 1914 par son frère François. Il a l’accord du conseil. Malheureusement, c'est lui avec M. Cormaud qui transporte les dépêches, qui vont apprendre « la nouvelle » à travers toute la commune : « l'ordre de mobilisation » c'est la guerre.

M. Ribette, le  directeur de l’école primaire supérieure de garçons, l’E.P.S., nous a laissé un compte rendu détaillé de ces années de guerre à Chasseneuil. Monsieur l’instituteur était très sérieux, très méthodique. Nous allons donner l'essentiel de cette quarantaine de feuillets, conservés aux archives départementales de la Charente.(1)

« Les bruits  de  guerre n'avaient pas alarmé la population, ils se renouvelaient depuis tant d'années qu'on s'était habitué à l’idée que, une fois encore tout s'arrangerait. L’annonce de la mobilisation, le son du tocsin produisirent dans le public une impression de stupeur. Le long silence qui suivit disait assez combien tous se rendaient compte de la gravité des événements qui allaient suivre et que l’esprit évoquait avec effroi. Puis vint la décision, ferme, énergique : « il faut en finir ». Tous les hommes, jeunes et vieux, eurent le même air de résolution, la même attitude décidée.

Les premiers voulaient supprimer enfin la menace allemande sans cesse renouvelée, les hommes d'âge voyaient arriver, avec une satisfaction mêlée d’inquiétude, la réalisation de l'idée de revanche restée au fond des cœurs, toujours souhaitée et toujours remise. Beaucoup de femmes pleuraient silencieuses.

Quelques-unes, tout de suite inquiètes du lendemain, ignorantes de ce que l’on pourrait faire en leur faveur et tourmentées par l’idée de manquer du nécessaire pour elles et pour leurs enfants après le départ du mari, se répandaient déjà en menaces ; l'une disait : « Si l'on n'a pas de quoi manger, on en prendra où il y en aura ». Les allocations résolurent heureusement l'inquiétante question. Du côté des hommes, l'élan semblait unanime. L’idée du lendemain ne les troublait même pas, tant ils étaient persuadés que la guerre serait de courte durée et se terminerait par une prompte victoire. Ceux que l’on accompagnait à la gare montaient allègrement dans le train en criant, comme ceux de 1870 : « A Berlin » ! Combien ont été coupables ceux qui, ayant la charge de prévoir, n'avaient absolument rien préparé et n'ont pas permis à cette belle vaillance de donner tout son fruit. Il y a là, contre la patrie, contre ceux qui, au début de la campagne, sont tombés inutilement, un crime inexpiable dont, hélas, personne n'aura à rendre compte.

Donc au premier jour, et au moins dans la classe ouvrière, la mobilisation s'est faite sans récriminations, sans réserves et, semble-t-il, sans arrière-pensées. Ce n'est que plus tard, sous l’influence des premiers revers et en présence de défaillances déplorables, que ses protestations amplement justifiées se sont produites. Lorsqu'elle a vu dans la commune, des rentiers, de gros propriétaires, des chefs d'industrie profiter de leur situation de fortune, de leur influence pour se faire ajourner ou réformer sous prétexte que leur santé, qui les laisser se livrer aux yeux de tous à des travaux souvent pénibles, ne leur permettaient pas d'accomplir leur devoir militaire, la population a senti toute l'injustice commise et en a été péniblement affectée.

Un permissionnaire indigné m'a dit : « Si je n’avais pas ma fille, je passerais à l'ennemi dès mon retour au front ».

Depuis, la mobilisation des nouvelles classes a donné lieu à d’autres injustices qui ont amassé bien de l'amertume dans les cœurs. Il serait trop facile de multiplier les exemples qui, malheureusement, se sont reproduits dans la plupart des communes : l'unanimité a des faiblesses que la guerre exagère et multiplie.

Depuis trois ans, bien des haines se sont accumulées. D'aucuns, menaçants, disent : « Après la guerre, on verra ! »

Heureusement que, pendant que ceux-ci exhalent leur mécontentement, la grande masse travaille, peine, souffre en silence et supporte sans récriminations inutiles les charges et les pénibles efforts imposés par la guerre. Elle attend, avec une louable patience, la fin de cette terrible lutte et, avec celle-ci, la victoire qui, il faut l’espérer, viendra apaiser bien des douleurs, faire taire bien des rancunes ». M. Ribette « fait le tour » des activités de la commune.

L'industrie : peu d'industrie à Chasseneuil. Les seuls établissements qui existaient avant la guerre : minoterie ; fours à chaux ; usine électrique d’éclairage ont continué à fonctionner. Cependant les fours à chaux ont dû cesser leur production à la fin de 1916 faute de charbon. Le chômage a atteint quelques industries particulières. Celle du bois : menuiserie, fabrique de futailles. Par contre deux maisons se sont assurées des fournitures pour l'armée : l'une en bois de grume, l'autre de viande de boucherie.

Les réquisitions : il n'y a pas eu de réquisitions proprement dites mais seulement des marchés amiables effectués aux prix fixés par l'intendance. Le maire est président de la 10ème commission de ravitaillement serait mieux placé pour fournir des renseignements.

Les étrangers : deux ouvriers étrangers : des espagnols occupés à la porcherie.

Service médical : assuré par des médecins étrangers à la commune. En août 1914 : deux médecins M. Niort et M. Nivet. Le premier a été mobilisé dès l'ouverture des hostilités. Le second est allé s'installer à Angoulême et n'a fait ici que de rares apparitions. Ce sont les médecins de Saint-Claud : M. Lagrèze et de Montemboeuf M. Lautrette qui ont visité les malades. Durant les périodes où des troupes (15e et 101e d’artillerie) ont séjourné dans la localité : les majors se sont mis avec beaucoup de complaisance à la disposition des civils. Le service pharmaceutique a fonctionné normalement, les deux pharmaciens n'ayant pas été mobilisés.

Les cultes Catholique : le desservant mobilisé, le culte a été assuré par des intermédiaires, prêtres de mission, qui n'ont pas toujours pratiqué « L'union sacré ». Maintes fois au prône du dimanche, il y a eu des manifestations désagréables à l’adresse des membres de l'enseignement. Je pourrai citer des faits précis, mais à quoi bon : ces hommes sont vraiment d'un autre âge.

Culte protestant : le pasteur n'ayant pas été mobilisé, la guerre n'a apporté aucun changement dans la pratique du culte protestant.

Il était le mieux placé pour nous parler des écoles de Chasseneuil, et tout d'abord de l'école des filles de Melle Arnouat.

Garderies-Cantines : dès les premiers jours de la mobilisation, l’école a été transformée en garderie. Trente à quarante enfants dont les mères travaillaient dans les champs venaient tous les jours à l’école. Parmi celles-ci une vingtaine, les petites indigentes étaient nourries à midi et à quatre heures aux frais de la commune. Pendant ces garderies, les plus grandes travaillaient à des ouvrages de couture nécessaires aux blessés hospitalisés à l'ambulance de Chasseneuil. Quand il ne faisait pas trop chaud, les maîtresses les amenaient toutes faire collation dans un petit bois situé assez près de l’école.

Fréquentation scolaire : depuis le commencement de la guerre la fréquentation scolaire a été bonne et assez régulière sauf à l'époque des grands travaux agricoles où les plus grandes restent à la maison pour aider la mère. L'état d'esprit des écolières s'est plutôt amélioré. Les maîtresses ont constaté plus de docilité chez elles, la discipline est plus facile à faire. Elles travaillent avec plus d'application et de bonne volonté pour faire plaisir au papa ou au grand frère qui est sur le front et qui se réjouit des progrès faits en classe. Enfin, l'œuvre des filleuls de guerre, la présence à l'école de pauvres petites réfugiées françaises ou belges, le chagrin des compagnes qui ont perdu quelqu'un à la guerre a développé en elles  leur sentiment naturel de pitié et leur bon cœur. Elles sont maintenant moins égoïstes, plus tendres, plus affectueuses, plus généreuses. Plus d'une a appris à se priver de quelque chose pour le donner aux petites réfugiées ou apporter les sous pour les filleuls.

Cours d'adultes : Comme avant la guerre, les maîtresses ont ouvert des cours d'adultes chaque année. Mais au lieu de faire des devoirs, on a consacré ces heures-là à confectionner des objets pour nos soldats : chandails, chaussettes, genouillères, gants, sacs à terre. Tout en travaillant, les maîtresses profitaient de ces réunions pour faire des causeries sur les événements du front, sur l'échange de l'or, sur les œuvres diverses de la guerre etc.

Ouvroirs : Pendant les grandes vacances 1914, un ouvroir avait été installé à l'école. Des quêtes avaient été faites pour recueillir du linge, des provisions, de l'argent destiné à l'entretien de l'ambulance créée en ville dès le début de la guerre. Tout le linge recueilli a été apporté à l'école ou il a été réparé et transformé. Les maîtresses ont fait une large part de ce travail jusqu'à la rentrée des classes.

Conférences : des conférences ont été faites sur la Serbie, sur l'échange de l'or, sur les emprunts de la Défense nationale et ont amené de très bons résultats.

Il en vient à l'école de garçons :
Pendant les vacances de 1914 des garderies ont été établies à l'école de garçons. Elles ont immobilisé inutilement le personnel qui n'a eu à garder que de rares enfants. 2 ou 3 par jour, et encore ceux-ci auraient-ils pu rester à la maison auprès de leurs mamans qui n'avaient aucun motif pour ne pas les garder et ne les envoyaient à l'école que pour s'en débarrasser. Durant l'année scolaire 1914-1915, la fréquentation a été moins régulière qu'avant la guerre. Depuis elle s'est améliorée de façon sensible, mais les absences dues à la participation des enfants aux travaux agricoles sont encore fréquentes, particulièrement au moment des grands travaux.

La guerre n'a eu qu'une faible influence sur l'état d'esprit des enfants ; cependant,  d'après les jeux et la conversation des plus grands,  on se rend compte qu'ils ont tout de même l'esprit orienté vers la guerre. Les plus âgés, ceux qui comprennent et que l'on tient régulièrement au courant des événements sont peut-être plus sérieux et plus disciplinés qu'à l'ordinaire. Ils prennent un véritable intérêt à tout ce qui a rapport à la guerre et ont témoigné toujours beaucoup de sympathie aux soldats en général et aux filleuls de l'école en particulier.

Tout le personnel de l'école ayant été mobilisé et remplacé par des dames, il n'a pas été possible de faire des cours d'adultes pendant la guerre. »
Un autre feuillet a pour titre : « Manifestations du patriotisme » : « La population de Chasseneuil a eu, pendant toute la durée de la guerre, une attitude convenable. Si des personnes tarées (il s'en trouve partout) ont eu parfois l'occasion de tenir des propos inconsidérés ou malveillants, s'il en est d'autres qui ont lâchement manqué à l'accomplissement de leurs devoirs, l'ensemble des habitants a fait preuve d'un patriotisme éclairé, calme et souvent désintéressé. La mobilisation a été accueillie, avec un véritable élan patriotique.

Les troupes partant pour le front, les trains de blessés ont trouvé, pendant plus de deux ans, à leur passage à la gare, de nombreuses personnes chargées de provisions et de gâteries à leur intention. Les différentes « journées » ont produit à Chasseneuil des sommes convenables. Chaque année, à la Toussaint, une cérémonie patriotique a lieu au cimetière pour honorer les enfants de la commune tombés au champ d'honneur. Beaucoup de familles ont adopté un ou plusieurs filleuls à qui elles envoient argent et provisions et que lors de leurs permissions, elles reçoivent toujours avec le plus chaleureux empressement.

Une ambulance pour convalescents a été fondée à Chasseneuil. Les dépenses en sont couvertes, en très grande partie, par les dons de la population. Au début de la guerre, une cantine avait été établie à la gare pour distribuer gratuitement aux soldats de passage, du vin, du bouillon, du café, des œufs et du pain. Elle a fonctionné jusqu'à la fin de 1915 ».

M. Ribette continue son compte-rendu toujours aussi précis et nous parle à présent des réfugiés :
La commune de Chasseneuil a reçu au total 130 réfugiés belges et français. On compte par année, une moyenne de 50 à 60 présences. Ils ont tous reçu le meilleur accueil. La municipalité leur a procuré, au bourg ou dans les villages, un logement convenable. Des maisons particulières, réquisitionnées pour les recevoir, ont été mises à leur disposition. La municipalité a fourni des bons  de pain et de viande, les particuliers : le mobilier, la literie et le linge indispensables. Beaucoup de réfugiés ont trouvé du travail dans la commune.
La population s'est montrée bienveillante et généreuse, en particulier pour les familles qui comptaient de nombreux enfants. Ceux-ci ont suivi assez régulièrement les cours des écoles élémentaires.

L'ordre public : L’ordre public a été maintenu sans trop de difficulté, et peut-être aussi parce qu'on a voulu fermer les yeux sur beaucoup de méfaits.
Au début de la guerre, la garde civique a prêté son concours à la gendarmerie. Son action semble avoir été tout à fait nulle. Cela ressemblait à une bizarre mais coûteuse plaisanterie.
Plus tard, le nombre des délits a augmenté. La recrudescence a coïncidé avec l’arrivée dans la commune d'hommes de troupe et de nombreux réfugiés. Beaucoup d'entre eux n'ont aucun respect de la propriété, commettent d'incessantes déprédations et se conduisent comme en pays conquis. Aux observations qu’on peut leur faire, ils répondent cyniquement « c'est la guerre », ou encore : « si les boches étaient là, vous en verriez bien d’autres ».
Les gens de la campagne n'osent même pas se plaindre, par crainte des représailles.

L’Assistance publique : la vie chère a eu pour résultat une légère aggravation du paupérisme dans la commune de Chasseneuil. Le nombre des familles assistées a augmenté d’environ 1/4. Cette augmentation eût été plus sensible sans les allocations de l'état qui ont rendu de réels services. C'est leur institution qui a permis aux civils de « tenir ». Malheureusement à Chasseneuil comme partout ailleurs, elles ont donné lieu aux abus les plus variés ; nombre de personnes qui auraient pu s'en passer, des propriétaires dans l'aisance, n'ont point eu honte de tendre la main.

Comme la mobilisation, les allocations ont été une source d'injustices et de passe-droits. La politique qui se mêle à tout, a favorisé certains individus et en a desservi d'autres.
Si les allocations ont rendu des services, elles ont, par contre, été trop souvent une invitée à la paresse, à la gourmandise, à la dissipation. Elles ont fait naître, dans la classe ouvrière, des appétits, une soif de jouissances que l'après-guerre aura bien de la peine à satisfaire.

Beaucoup de femmes ont abandonné tout travail. Quelques unes, privées d'argent avant l'ouverture des hostilités, en sont arrivées à bénir la guerre et à souhaiter sa durée.
L’une d'elles disait en toute franchise au percepteur de Chasseneuil : « je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis la guerre ». L'argent, ainsi acquis sans peine, est trop souvent dépensé sans compter et rentre rapidement  dans le  commerce. Dans  la commune de  Chasseneuil  269 personnes  reçoivent chaque  mois la  somme de 13 568 F.

Le commerce local : La guerre a eu des répercussions sérieuses sur le commerce local.

  1. augmentation sensible du prix des denrées.
  2. difficulté et parfois, impossibilité de s'approvisionner. Comme dans toutes les communes sans doute, Chasseneuil a manqué à certains moments d'essence, de pétrole, de charbon etc.
           Voici quelques prix à titre de comparaison :
       
     1914 1917
  Essence  0.45 F  0.90 F/litre

Pétrole  0.40 F  0.80 F
  Alcool  0.70 F  2.75 F
  Savon  0.60 F  1.60 F/kg
  Charbon  32.00 F  170.00 F/tonne

A Chasseneuil, comme dans toute la Charente, paraît-il, et à l'encontre de ce qui se passe dans les départements voisins, le ravitaillement se fait dans les plus mauvaises conditions. Rien n'a été prévu pour assurer l'approvisionnement. Les écoles primaires supérieures manquent de charbon et ne peuvent s'en procurer même en recourant à l'office départemental.
Les vivres : on ne peut que répéter pour les vivres ce qui a été dit pour les denrées : même augmentation des prix, même difficultés de ravitaillement.

Il manque à la commune 1900 quintaux de farine pour la consommation.

  Tableau de quelques prix   1914 1917
  Viande de porc  50.00 F  130.00 F/50 kg
  Lapins  0.30 F  0.90 F/livre
  Œufs  1.50 F  3.00 F/douzaine
  Cacao  2.40 F  8.00 F/kg
  Morue  0.90 F  2.80 F/kg
  Haricots  0.20 F  0.70 F/livre
  Pommes de terre  3.00 F  13.00 F/100 kg

Et il y a lieu de prévoir de nouvelles et importantes augmentations. La présence presque permanente des troupes dans la localité n'a pas pu contribuer au renchérissement de la vie économique.

L'agriculture : L’agriculture a souffert de la guerre par suite du manque de main-d’œuvre. Les différents travaux, en toutes saisons, ont subi des retards considérables qui ont influé sur la production. Dans certains villages, les hommes ont été presque tous mobilisés, et les femmes, aidées des enfants, ont dû les remplacer. Beaucoup d'entre elles ont fait tout leur devoir, surtout parmi celles qui cultivaient leur propriété personnelle.

Parmi les autres, il en est que la paresse, favorisée par les allocations, a poussé à abandonner tout travail. De ce fait, certaines propriétés de la commune ont été privées du personnel nécessaire, des métairies ont été abandonnées. Presque partout, l’entraide à laquelle sont habitués les gens de la campagne, s’est efforcée de parer aux difficultés de l’heure présente. Elle n’a, évidemment pu répondre à tous les besoins, d'autant que, dans la commune, rien n’a été fait pour organiser la coopération ; chaque cultivateur est resté livré à ses propres ressources et à son initiative personnelle pour se tirer d’affaire.

Avant la guerre, les personnes qui empruntaient le bétail pour labourer leurs terres payaient 4 F pour une « liée », aujourd’hui elles payent 9 F et trouvent difficilement. Les ouvriers agricoles ont également doublé leur prix : ils sont nourris et reçoivent 6 F par jour pour les grands travaux : fauches, moissons ; ils font ajouter 2 bouteilles de vin ; les femmes demandent 1,50 F par jour avec la nourriture.

L'administration municipale : Le maire de Chasseneuil, l’adjoint et la presque totalité des membres du conseil municipal n'ont pas été mobilisés. La municipalité avait une tâche difficile à remplir. II serait peut-être exagéré de dire qu’elle a fait tout ce qu’il fallait pour s'en acquitter convenablement. Elle semble croire que, avec le temps tout finit par s'arranger et laisse aller les événements sans beaucoup de prévoyance.
Sous prétexte d' « union sacrée » ou par manque d'initiative elle a permis à d’encombrantes personnalités de se mettre en avant et de se substituer aux autorités locales dans la création des œuvres d'assistance. Le mois d'octobre 1914  a été marqué par de regrettables incidents qui se sont produits à l'occasion de l'arrivée inattendue et du départ plus inattendu encore d'un convoi de blessés hospitalisés pendant 4 jours seulement à l'école primaire supérieure de garçons.

L’intérêt que méritaient les blessés, la solennité de l'heure n'ont pas empêché la manifestation de rancunes politiques et de bas intérêts commerciaux. L’instituteur et l'institutrice ont prêté tout leur concours aux différentes œuvres.

On verra plus loin la part prise par la municipalité et par les membres de l'enseignement aux œuvres de guerre... »

M. Ribette remplit les imprimés envoyés dans tout le pays pour la participation de l'école à la défense nationale. (Voir document ci-dessous).
Ainsi se termine le compte-rendu de M. Ribette, directeur de l’école primaire supérieure de garçons. Vient ensuite le « livre  d'or  de  la commune » où il  énumère 20 « Morts au champ d'honneur », 12 « citations de l'ordre du régiment », 1 de « l'ordre de la brigade », 2 de « l’ordre de la division »,  6 citations de « l'ordre de l'armée » et 1 médaille militaire. M. Ribette ne se doutait pas, qu'à la fin de la guerre, on dénombrerait 92 victimes,  car beaucoup étaient portés disparus, d'autres blessés hospitalisés et décédés des suites de leurs graves blessures jusqu'en 1920-I921.

Le 11 novembre 1918, c'est l'armistice de Rethondes : c'est un lundi. Le lendemain, la nouvelle se répand dans tout le pays et arrive à Chasseneuil. Mais la commune, comme toutes les communes de France, venait de payer un lourd tribut à la guerre, à la folie des hommes.

Le 30 novembre la municipalité adresse un courrier au gouvernement :
Au gouvernement de la République ;
A  M. Clémenceau Président du Conseil Ministre de la guerre ;
Au Maréchal Foch Généralissime des armées alliées ;
A tous les officiers et soldats, français et alliés ;
L'hommage de son respect et de son admiration,
Remercie tous ceux qui par leur dévouement et leur inlassable persévérance ont contribué à la grande Victoire de la justice et du droit.
S'incline avec respect et reconnaissance devant nos glorieux morts et leurs  familles.
Salue avec joie le retour de l’Alsace et la Lorraine à la mère Patrie, prélude d’une paix glorieuse. (2)


(1) Archives départementales de la Charente : J.79
(2) Archives municipales. Registre des délibérations.

La frairie d'octobre 1919

Le monument aux morts.

Dès la fin de l’année 1918, après la « grande guerre », le conseil municipal de Jean Julien envisage « l'érection d'un monument aux enfants de la commune morts pour la France ».(1)

Le 13 mars 1919 le conseil explique qu'il a bien voté une somme pour ce monument aux morts, mais pour l'instant cette somme est employée pour le chauffage des écoles. Le maire annonce fièrement à son conseil, le 6 juillet, que les plans et la maquette du monument vont bientôt être entre leurs mains afin d’étudier cette proposition. Et puis le 18 septembre 1919, M. Baleix, architecte départemental expose au conseil municipal les idées qui l'ont guidé dans le projet du monument aux morts. Très bientôt, il va leur donné les plans du monument à édifier sur la place de la bascule. Il serait en « pierre de Chauvigny » avec un revêtement de marbre et de bronze ».

Le 28 septembre suivant, le conseil municipal est réuni en session extraordinaire sous la présidence de son maire Jean Julien. Il rappelle que le conseil, le 18, a voté une somme de 35.000 F pour les réparations des bâtiments communaux et pour ce monument, c'est à dire :

  • 4 000 F pour l'école de garçons
  • 6 000 F pour le clocher de l'église
  • 25 000 F pour le monument aux morts
Mais, vu l’insuffisance des recettes du budget, le conseil est d'accord avec son maire pour contracter un emprunt de pareille somme au Crédit foncier de France remboursable sur 30 ans. Il demandera aussitôt l’autorisation au préfet, qui acceptera le 30 déc. 1919. Tout semble aller très vite... Le 20 décembre, on demande sans retard à M. Baleix, architecte départemental, le devis précis avec le déplacement de la bascule pour permettre une prompte mise en adjudication des travaux. Le conseil municipal accepte définitivement le projet et demande une subvention d'état  « à la mémoire des glorieux enfants de Chasseneuil morts pour la France ».

Un an plus tard, on en est au même point. Le 9 novembre 1920, le conseil renouvelle sa demande de subvention et précise que la commune déplore 83 morts pour une population de 2401 habitants.

Une incertitude règne au sein du conseil. Le maire Jean Julien a démissionné mais le préfet refuse sa démission. Il décide alors de revenir sur sa décision, mais à la seule condition, c'est de créer plusieurs commissions car cela lui fait trop de travail !... Les travaux ne manquent pas... et Jean Julien se trouve seul...

Le 23 juin 1921, le conseil municipal demande qu'un autre architecte, M. Mignon soit désigné pour se prononcer et pour fixer définitivement l'emplacement sur lequel sera érigé le monument aux morts. Le conseil est indécis, les conseillers pas d'accord, et le temps passe !...Le 6 août, on convoque à nouveau M. Baleix pour décider définitivement  de cette question... car il va bien falloir prendre une décision ! C'est lui qui va la prendre.

Le 9 septembre 1921 « enfin », après une « visite minutieuse » de M. Baleix, on admet qu'il sera bâti sur la place Victor Hugo en face des bâtiments communaux où la nouvelle mairie sera prochainement installée. Mais les plans et devis restent à faire et la somme est prévue depuis deux ans ! Enfin ! Les conseillers sont du même avis. On ne veut plus le construire dans l'angle des routes de Limoges et de Cellefrouin, le conseil décide de maintenir l'achat fait de Mme veuve Rivet et de poursuivre l'échange avec la société évangélique par égale grandeur.

Au mois d'octobre 1921, un jeune élève de l'école des beaux-arts, M. Peyronnet présente au conseil des « photographies » de deux monuments aux morts, et le 29 décembre, le conseil accepte une proposition.

Le 27 janvier 1922, le maire présente la maquette préparée par M. Peyronnet, sculpteur,  (demeurant à Paris, 37, villa d'Alésia 14e arrondissement) ainsi que les plans et devis qui s'élèvent à 17000 F. Le conseil unanime accepte « cette patrie », « en partie inspirée du monument des mobiles de 1870 d'Angoulême mais la patrie y est représentée assise, sans casque, regard triste, tandis que celle de Chasseneuil debout, farouche et casquée incarne surtout la victoire de 1918 : sorte de « Jeanne d'Arc » laïque qui contraste avec la « mère » patrie attristée de 1870 ».(2)

Le 21 août 1922, l'architecte départemental expose les plans et devis pour l'entourage du monument sur la place. Le conseil accepte ce devis de 10.000 F.

Le 25 octobre, le monument aux morts est enfin « édifié ». On va pouvoir entreprendre les travaux d'entourage pour clore la place avant l'inauguration. La construction de barrières en fer forgé sera achetée directement à la société des carrières du Poitou avec « la pierre de Lavoux sculpture ».

Le 18 janvier 1923, le conseil municipal (sans son maire malade) décide que le monument aux morts et son entourage doivent être à l'abri des détériorations...
« À l'avenir le stationnement des forains sera interdit sur la place Victor-Hugo et sur le trottoir bordant la R.N.141, face à cette place.

Donc transfert immédiat du marché aux volailles, aux lapins, œufs et gibiers sur la nouvelle rue de la mairie ».(1)
Une nouvelle municipalité est mise en place le 1er avril 1923, et se donne comme maire Edouard Pascaud.
L’inauguration du monument aux morts est prévue pour le 6 mai de cette même année. Mais pour  ce  maire  radical-socialiste, pas question d'inviter le clergé ni même de parlementaires. Les journaux, « Le matin charentais » et « Le journal de Confolens » critiquent cette attitude, surtout que le dimanche précédent, 29 avril 1923 Montbron avait inauguré le sien « en grandes pompes ».

Le mercredi 16 mai, le « Matin charentais » (journal quotidien républicain indépendant) s'insurge dans un petit article :
  • « La presse en a peu  parlé. Elle a eu lieu cependant dimanche 6 mai, sans grand éclat, dans l'intimité, si l'on peut dire, comme ces mariages où, pour une cause quelconque, on exclut tout apparat. M. le maire n'avait pas jugé à propos d'associer nos représentants du parlement à une cérémonie, dont il s'est senti sans doute de taille à supporter seul tout le poids.
    Nos glorieux morts méritaient cependant un honneur dont la plupart des communes du département ont apprécié le prix. Il n'avait pas jugé à propos non plus de solliciter le concours du clergé.  Chasseneuil est peut-être la seule commune de la Charente dont le monument n'aura pas été bénit. Pas de cérémonie à l'église, naturellement  M. le curé avait été invité comme secrétaire d'une société de gymnastique et de sport ; mais il avait,  avec beaucoup de dignité, répondu qu'il ne pouvait assister officiellement que pour le bénir. Et il rendit hommage, confondu dans la foule,  à la mémoire des braves enfants  de  Chasseneuil tombés pour la France.
    Ces incidents ont péniblement  impressionné les familles chrétiennes de la commune, qui toutes avaient conduit le corps de leurs enfants à l'église à leur retour du front. M. Le maire de Chasseneuil, oubliant sans doute ses votes au Conseil Général contre l'occupation de la Ruhr et pour la libération du député anarchiste Cachin, a prononcé un discours très « union sacrée », qu'il a évoqué chez certains le souvenir des vers fameux : « Je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats ! »»(3)

Après le  « Chant du Départ », la musique a joué tout de même « La Marseillaise ».
  • (1) Archives municipales
  • (2) Les monuments aux morts de la 1ère  guerre mondiale, par une classe de 1ère A1 B et Joël  Giraud, Prof. d’histoire à Confolens. (1986-87)
  • (3) Archives départementales Le matin charentais. Mai 1923
Ces « morts glorieux » ont leurs noms gravés sur une plaque à l’arrière du monument. Ils sont au nombre de 91. On retrouve leurs noms sur une plaque dans la nef de l’Église au nombre de 92.

  L. ARNAUD  1915   J. ARTAUD  1916   J. BARUSSEAU  1920
  U. ARNAULT 1916  G. BALLOUT 1918  F. BAUDUT D. 1915 
  A. BERTRAND  1920  H. DUPRADEAU 1914  E. MOUCHET 1921
  J. BONVALET 1915  P. DUPRADEAU 1915  J. NIVET 1916
  M. BOUCHAUD 1921  J. FONCHAIN 1915  A. PASTOURAUD 1915
  L. BOURRIER 1914  E. FREDON 1915  J. PATARIN 1915
  L. BOURIGEAUD 1919  L. GACON D. 1916  R. PRECIGOUT D. 1916
  R. BROUSSE 1918  F. GAUTHIER 1918  H. PRECIGOUT 1915
  J. CAMPOT D. 1919  F. GAUTHIER 1915  J. RAILLAT 1916
  F. CHAMBAUD 1914  H. GEOFFROY  F. RASSAT 1917
  F. CHABANNE 1919  H. JAULAIT 1918  R. RIBETTE 1915
  J. CHABANNE 1918  A. KHUN 1917  J. ROUX D. 1916
  H. CHESSON 1914  A.KHUN  D. SARDIN 1918
  C. CLAVIER 1917  L. LAFOND  F. SAULNIER 1917
  J. COLOMBIER 1917  G. LASSOUTIERE 1915  H. SENELLE D. 1917
  L. COTIN 1918  A. LAVAURE 1915  P SOUTENAIN 1914
  C. COUTY 1915  L. LAURENT D. 1914  G. SUDRE D. 1917
  J. CROSLAND 1918  A. LEGER 1918  J. SUDRE 1921
  J. CROSLAN 1914  J. LEGER 1914  P. SUDRE 1915
  F. DAYNON 1919  F. MAI 1919  P. SUTRE
  L. DESMASSON 1916  F. MADIEU 1916  F. TARDIEU
  A. DENIS 1915  G. MARJOLLET 1914  H. TERRACOLET
  N. DENIS 1915  A. MARJOLLET 1915  J. THERAUD 1914 
  P. DERVAUD 1914  F. MANDON 1917  L. TERRADE D. 1916 
  F. DESBORDES 1918  P. MARTIN  L. TISSEUIL 1916 
  P. DUCOLOMBIER 1915  P.MATHIEU 1915  S. VERGNAUD 1920 
  J. DUMAS 1920  M. MICHAUD  A. VERGNES 1918
  J. DUMAS 1918  P. MICHAUD 1916  L. VIGNAUD 1916
  L. DUMAS 1914  J. MOWTEIL  L. VIROULAUD 1914
  F. DUPIT 1917  A. MOREAU 1917  F. VOISIN 1915
  P. DUPIT 1914  L. MOREAU D. 1914   

D : disparu

Avec l’accord des familles, en novembre 1970, sur la droite du monument aux morts, on a rajouté les noms suivants :

INDOCHINE :
CROSLAN Daniel
ALGERIE
DELAGE Marcel
END Claude
NELIS Claude


Extrait du livre « Chasseneuil sur Bonnieure – De la Préhistoire à nos jours » de José Délias.

La Guerre de 39-45

Avec la seconde guerre mondiale s'ouvre l’une des périodes les plus tourmentées de l'histoire de Chasseneuil, l’une des plus sombres que notre pays ait pu connaître.

Située plusieurs kilomètres derrière la frontière, la ligne Maginot condamne plus de 300 localités mosellanes à l’évacuation en cas de conflit armé avec l’Allemagne. A l’instigation du maire de Sarreguemines, Nicolas Nicklaus, l’autorité préfectorale réagit et des commissions d’évacuation voient le jour. Le 1er septembre 1939 est le départ vers la Charente de milliers de réfugiés « avec comme seul viatique, 30 kg de bagages par personne ! »(1)

Les citadins prennent le train. Dans les villages les habitants doivent partir par leurs propres moyens : à pied, en charrette, plus rarement en voiture, tous les moyens sont bons.
Le canton de Saint-Claud va héberger 5 511 sarregueminois dont 2 826 rien qu’à Chasseneuil ; (statistique publiée en février 1940).
L’arrivée quasi-inopinée de toute cette population nécessite le recours constant à l’improvisation, à l’arbitrage, au compromis. Bien des problèmes allaient se poser. La langue, la culture séparaient souvent radicalement les gens en présence. Et pourtant ce sera l’occasion pour les évacués de mesurer le degré de dévouement des Chasseneuillais. Le logement est l’occasion de multiples frictions entre réfugiés et locaux. La vie reprend un cours « presque normal ».  L’administration prend ses quartiers à l'hôtel de ville avec son personnel municipal. Des allocations viennent au secours des réfugiés. Des allocations destinées à couvrir les frais de nourriture. Par contre, le chauffage, l’éclairage et le logement sont à la charge de l’état. Le sénateur de la Moselle Stuhl et le député-maire Edouard Pascaud furent les arbitres de nombreux conflits à ce sujet. La pratique religieuse sera l’une des différences les plus saisissantes entre les deux populations. Le clergé lorrain était plus autoritaire, plus puissant et jansénisant que les pauvres curés charentais.

Les travaux domestiques allaient occuper beaucoup d’hommes, mais les réfugiés s’ennuyaient et n’avaient qu’une espérance et qu’un désir : rentrer chez eux... La douceur charentaise ne leur était d’aucun réconfort. Et puis, habitués aux salaires des ouvriers de la Moselle, ils ont jugé bien pauvres les offres quelquefois dérisoires d’insidieux profiteurs du travail qui pensaient pouvoir bénéficier là, avec les évacués, d’une main-d’œuvre à prix réduit...

Le 22 juin 1940  l'armistice  est signé  avec l’Allemagne  à Rethondes, mais il entrera en vigueur le 25 à 0h 35. Comme le souligne Joël Giraud dans son ouvrage « Les confolentais dans la seconde guerre mondiale », ce délai est très important. Le gouvernement de Pétain à Bordeaux a demandé l’arrêt  des  combats. « Aux cris de « krieg Fertig » ( la guerre est finie ) les  groupes de pointe des divisions SS, T et V désarment les français tout en fonçant vers Ruffec, Civray et Angoulême, » où ils entrent le lundi 24 juin 1940 en fin de matinée. Cette même journée les allemands occupent Chasseneuil, Champagne-Mouton, Benest, etc.

L’angoisse s’accroît parmi le peuple français. La retraite des armées s’est transformée en déroute. Au cours de l’été, on établit des postes-frontières des deux côtés de la ligne de démarcation. Coupée en deux par ce cordon douanier, la Charente va vivre soit en « zone occupée » soit en « zone libre ». Les communications entre les deux zones sont très limitées. Des documents attribués par les allemands sont indispensables (des cartes) dès le 5 juillet.

La frontière provisoire en juin 1940 à Chasseneuil.
Le chef de gendarmerie Jean Gayot est placé devant la chaîne en « zone libre ».
Les allemands sont en « zone occupée » sur le pont « la Bonnieure ».

Quelques jours plus tard, cette frontière sera déplacée vers Saint-Mary, à l’Ouest.

La ligne de démarcation et le poste français ci-dessus : c’est la limite de la zone libre.

À partir de septembre 1940, une carte blanche (Ausweis) autorise soit la circulation frontalière (- de 10 km) soit la circulation éloignée, mais pour chaque trajet.

Chasseneuil se trouve alors donc en zone frontière, administrée par Limoges en « zone libre ». Le rapatriement des évacués vient à l’ordre du jour. Pour bon nombre de lorrains, la question du retour se transforme en dilemme. Restons-nous ou rentrons-nous à la maison ? Restons-nous français ou (re-)devenons-nous allemands ? Ce fut l’occasion pour les allemands d’une intense activité de propagande. Certains restèrent à Chasseneuil et dans les environs pendant toute la durée de la guerre. Quelques uns allaient rentrer dans la Résistance. Mais certains, comme le dit Joël Giraud, comme « cet employé de mairie de Sarreguemines à Chasseneuil qui saluait les panzers bras tendu, « heil hitler », et qui une fois rentré fit carrière dans l’appareil du parti nazi ». Malheureusement beaucoup de réfugiés, de retour chez eux, trouvèrent en bien triste état leur maison pillée et saccagée par des troupes françaises bien aidées par les allemands.

La vie quotidienne allait être marquée profondément par  la mise  en œuvre  du rationnement alimentaire dès le 28 septembre, et l’interdiction de très nombreuses « occupations » de la vie courante : (chasse, danse, photo, fabrication de pâtisserie, les bals, etc.). La vie économique est aussi très sérieusement réglementée : réquisition de tout... et sur tout !... Ces interdictions et ces contraintes s’accompagnent d’une propagande allemande relayée par des organisations ou des partis proches du gouvernement de Vichy. Deux attitudes vont naître « au sein » du peuple. Une attitude de collaboration avec l’occupant ou, à l’inverse, une attitude de résistance. La résistance sera d’abord individuelle puis deviendra collective.

UNE NOUVELLE MUNICIPALITÉ

Le 10 février 1941 le conseil municipal, autour de son maire élu en 1935, Edouard Pascaud, se réunit à l’Hôtel de Ville en séance « ordinaire ». Il ne sait pas encore que c’est sa dernière réunion. En effet, quelques jours plus tard, le député-maire Pascaud est congédié avec tout son conseil municipal par le préfet de Vichy. Une nouvelle loi du 16 novembre 1940 autorise ces derniers à nommer les maires des villes de plus de 2000 habitants. Pourtant en juillet 1940, le radical-socialiste Pascaud avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Mais en 1940, Pétain n’était-il pas ? Comme le dit Raymond Troussard : « une bouée de sauvetage à laquelle il fallait se raccrocher ». En ce début de 1941, les hommes du Gouvernement de Vichy n’avaient plus confiance en lui. Il fut remplacé par le directeur de  la  laiterie Jean-Félix Massonnaud. Le  21  mars  1941  le  nouveau  maire  réunit  son  conseil  en s on  lieu  habituel  en  présence  du sous-préfet  de l’arrondissement de Confolens M. Poggioli.(2) Seul, manque à l’appel pour écouter l’allocution de M. Massonnaud, M. Bertrand prisonnier de guerre. « Je remercie M. le sous-préfet d’avoir bien voulu assister à la séance d’installation du conseil municipal de Chasseneuil nommé par arrêtés préfectoraux des 10, 13, et 14 mars 1941, et le prie de transmettre à M. le préfet de la Haute-Vienne mes remerciements personnels de m'avoir confié les fonctions de la Mairie, ainsi que ceux de tous mes collègues.

En prenant possession de la Mairie, notre première pensée sera pour honorer la mémoire des enfants de Chasseneuil morts pour la France. Que les familles en deuil, veuillent bien être assurées de notre dévouement et de notre reconnaissance. Je n'oublie pas non plus nos prisonniers, et la meilleure preuve de notre sollicitude à leur égard, est la place que j’ai réservée ici à notre camarade Bertrand. Nous formons des vœux ardents et sincères pour qu’ils rentrent au plus tôt dans leurs foyers. Je ne dissimule pas que des difficultés nous attendent, mais nous nous efforcerons tous, de les surmonter dans la plus étroite collaboration et toujours avec fermeté et justice.

Au nom du conseil municipal de Chasseneuil, je tiens à adresser l'’hommage de notre admiration et de notre reconnaissance, ainsi que de notre dévouement à M. le Maréchal Pétain, chef de l’état français en nous inspirant de la devise : Travail - Famille – Patrie ».

 Puis il invite le conseil à adresser ses vœux au « Vénéré Maréchal » :

« Le nouveau conseil municipal de Chasseneuil, réuni en sa première séance, le 21 mars 1941, adresse ses hommages respectueux au maréchal Pétain, chef de l'état français et donne l’assurance que dans ses délibérations et ses actes il s'inspirera de la devise Travail - Famille – Patrie ». Le conseil unanime lève la main en signe d’approbation, alors le nouveau maire termine : « je constate votre unanimité et vous en remercie bien sincèrement.
Vive Chasseneuil Vive la France. »(2)

M. Massonnaud ne pouvait pas mieux dire lorsqu’il déclara : « des difficultés nous attendent... ».  La transition se passe très mal avec l’organisation de la mairie et des services communaux. Tout d’abord, il n’y a plus rien dans  le  bureau du maire ; ensuite  le  bureau  et  les  deux lampes des secrétaires appartiennent au maire « démissionnaire » Pascaud. Dans la salle des fêtes, 116 chaises  lui appartiennent aussi. Le garde champêtre Callaud est chargé de « faire l’état des lieux » et puis « les anciennes secrétaires ayant cru devoir  ne  plus  continuer  leurs  fonctions » (4 dont  le secrétaire de mairie), il faut en trouver d’autres ! Et ce ne sera pas facile !...

Le 24 avril  M. le maire donne connaissance au conseil de la réponse du maréchal Pétain :
Vichy, le 15 avril 1941Monsieur le maire,
Le maréchal Pétain a pris connaissance du texte de l’allocution que vous avez prononcé lors de la séance d'installation du nouveau conseil de Chasseneuil. Très touché des sentiments qui lui sont témoignés, le chef de l’état me charge de vous en remercier et d’être auprès des membres de votre assemblée, l'interprète de ses vœux pour l’heureux accomplissement de leur tâche.
Veuillez agréer, Monsieur le maire, l’assurance de ma considération distinguée.
Le Général d'Armée
Secrétaire Général du chef de l'état
Président du Conseil
P O. Le chef du cabinet militaire
Signé : Carnpot


À la fin de l’année 1941, Jean-Félix Massonnaud enverra une nouvelle fois l’assurance de son dévouement au maréchal Pétain et à l’amiral Darlan à la suite du décès du général Huntziger, ministre de la guerre. Darlan le remerciera le 26 décembre 1941.

Aussitôt la municipalité de Jean-Félix Massonnaud installée, les premières enquêtes arrivent. La chasse aux juifs est lancée, les avis placardés et les malheureux seront arrêtés, pourchassés, déportés et exterminés dans les camps de la mort. Une liste est établie à Chasseneuil dès le mois de juillet 1941. Certains seront dénoncés... Et ne reverront plus jamais Chasseneuil !...

Les jeunes de la zone libre, conscrits de 1940 partent dès 1941 (à l'âge de l’ancien service militaire supprimé par l’armistice) dans des « chantiers de jeunesse » pour un « stage » de 8 mois. Occupés aux travaux forestiers ou agricoles avec une discipline militaire censée leur inculquer les grandes idées de la mère Patrie ! Les jeunes des cantons de Confolens et de Saint-Claud sont envoyés au camp de Tronçais dans l’Allier ou à La Celette en Corrèze. Le maire Massonnaud enverra des listes au chef de bataillon Joly, commandant le 30ème Bataillon de Chasseurs à pied à Saint-Laurent-de Ceris.

Les sursis demandés par le maire Massonnaud ou par une autre personne ne seront pratiquement jamais accordés.

Une demande est adressée pour le jeune « tueur-abatteur » André Lavallade, né le 5 février 1923 à Vitrac, appelé au chantier de jeunesse les 29/30 mars. Il assure les fonctions de « tueur-abatteur » aux abattoirs, Centre Régional d’Abattage de Chasseneuil pour les besoins de la 3ème et de la 5ème section. Son frère assume les  mêmes  fonctions,  astreint au Travail  obligatoire pour le  ravitaillement. Le 31 mars 1943  le maire reçoit une  réponse  négative  de Chatel-Guyon au « Splendid-Hôtel » ou se tient le Général De La Porte Du Theil commissaire général des Chantiers de jeunesse. (3) Une autre demande est formulée de la même manière par Albert Fournet boucher-expéditeur, chef de section du Centre d’abats n°3 de Chasseneuil le 10 juillet 1943. Pour le jeune jean Buton abatteur, né le 9 juin 1923 à Valence (Charente) domicilié à Chasseneuil, la demande est rejetée pourtant, Albert Fournet le juge « indispensable » car le centre comptait 8 abatteurs et il est réduit aujourd’hui à 3. Il précise que « les expéditions de viandes foraines de cette section ont atteint déjà 130 823 kilos pour les cinq premiers mois de 1943 ».(3)

II s’est présenté le 10 au n° 32 à Bruère-Allichamps (Cher), et malgré une demande de « libération provisoire »,  celle-ci sera rejetée le 4 août 1943.

L’Allemagne nazie ayant envahi la Russie, l’effort de guerre demandait de  plus en  plus de soldats, mais aussi de travailleurs. La propagande hitlérienne eut l’idée d’un système odieux. Dès 1941, les allemands exercèrent un véritable chantage et demandèrent aux jeunes français d’aller travailler en Allemagne promettant de gros salaires et de multiples avantages à ceux qui partiraient « volontaires ». Pour soutenir la production de l’industrie de guerre allemande, le gouvernement de Vichy fait appel à la main-d’œuvre française ! Un comble. En 1942 « la relève » est inventée : pour 3 ouvriers qui partent pour l’Allemagne, un prisonnier de guerre est libéré ! Hélas ! Les français allaient très vite comprendre que les nazis ne tenaient point leurs promesses. Bientôt, dix ouvriers puis cent ouvriers devront partir travailler en Allemagne !... sans jamais assurer le retour d’un prisonnier.

Le 16 février 1943, Sauckel, commissaire allemand à la main-d’œuvre, relayé par le gouvernement de Vichy instaure le service national obligatoire (S.T.O.) pour les jeunes gens nés entre le 1er octobre 1919 et le 31 décembre 1922. Si certains charentais succombent à la propagande du régime de Vichy, bien vite la résistance va s’organiser : les jeunes vont se cacher, n'importe où, dans les greniers, dans les caves, chez des parents, des amis, etc. Et puis, pour certains ce sera la clandestinité, le maquis, la résistance active face à l’occupant nazi, mais malheureusement aussi au « collaborateur français, au milicien, au légionnaire ».

En 1943, Chasseneuil se trouve en « zone sud », nom qui remplace l’ex-zone libre : tout un symbole !

Malgré les conférences légionnaires, malgré les tracts, les affiches, la propagande, nombreux sont ceux qui rejettent à présent le régime.

L'hostilité des jeunes envers le S.T.0. va aller croissant. Et puis il y a les restrictions, les tickets, le rationnement, les privations. La vie est très dure. Là prend naissance l’histoire du maquis. Il a été beaucoup écrit sur ce sujet. De nombreux livres ont vu le jour avec plus ou moins de succès, avec plus ou moins de polémiques aussi. Mais il faut dire que beaucoup sont ceux qui affirment détenir la vérité, leur vérité !... II faut souligner que dans toute société, tout groupe humain, il y a de « bonnes » et de « vilaines » choses qui s’y passent. Bir’Hacheim n'a pas fait déshonneur au maquis !

C’est sur la commune de Cherves-Châtelars qu’est né le maquis Bir’Hacheim-A.S.18   (Armée secrète 18) en septembre 1943. Le fondateur, André Chabanne est natif d’un petit village de la commune : « Les Jaulières ». Enseignant à l’école primaire de garçons et secrétaire de mairie de Cherves-Châtelars, il organise son groupe de maquisards aidé D’Hélène Nebout dit « Chef Luc » et Guy Pascaud.

Le 10 novembre 1943 au soir, un petit groupe de résistants, ayant à sa tête André Chabanne, accroche une couronne de lauriers au monument aux morts de Chasseneuil, devant la mairie. Cette couronne porte une banderole mentionnant : « Nous vengerons les morts de 1914-1918 ». Après avoir observé une minute de silence, le groupe se disperse rapidement dans la nuit, (c’était uniquement des gens de Chasseneuil). Cette couronne restera accrochée pendant trois jours au monument.

La visite du Colonel Bonnier « Commandant Hypoténuse », délégué militaire de Londres, chargé de coordonner les mouvements de résistance de la région B (S-O. de la France) à laquelle le maquis appartient, est annoncé pour le 4 février 1944 au soir. La première étape guidée le conduit jusqu’à un café, situé au delà de la barrière S.N.C.F. de Chasseneuil, café tenu par un patriote Mr Deslias. L’agent de liaison de Bir’Hacheim, Roger River l’y attend. Il le reçoit en compagnie du chauffeur de Mr de Laubarrière.
Avant de reprendre sa mission de surveillance extérieure, Roger River lui indique la route à suivre pour se rendre au Châtelars ou l’attendent Chabanne et Pascaud. De son côté Mme Nebout « Chef Luc », beaucoup trop surveillée par la milice de Chasseneuil, se rend à un endroit précis et secret, désigné par Chabanne et situé sur le trajet de retour du Colonel Bonnier afin de la lui présenter (ce qui a été fait). Cette double visite a été particulièrement appréciée par le délégué de Londres, à tel point qu’il envisage de transférer son P.C. de Bordeaux vers Cherves, durant ses travaux de coordination en zone B et ceci jusqu’au débarquement allié.    
Nous en étions honorés et ravis. Avant son départ pour Bordeaux, nous lui demandons de baptiser notre maquis du nom de « Bir’Hacheim » en hommage au glorieux combat des valeureux soldats de la 1ère Brigade
Française Libre en 1942 dans le désert Lybien contre l’imposant « Afrika Korps » du maréchal Rommel qui voulait, en entrant au Caire, fermer le canal de Suez.
Le colonel Bonnier accepte notre requête et désigne Chabanne comme Chef du Maquis Charentais, déjà affilié à l’Armée Secrète depuis octobre 1943, suite aux 2 contacts pris par Pascaud à Chabanais puis Brive.(Information recueillie auprès de Mme Nebout).


Les premiers combats ont lieu à Saint-Mary le samedi 5 février 1944 vers 23 heures. La camionnette du maquis est arrêtée par un barrage de feldgendarmes. Les maquisards ouvrent le feu, tuent et blessent plusieurs allemands. Bir’Hacheim  est obligé de laisser sur place un blessé, le jeune Maxence Simon que les allemands achèveront sur place. C’est le premier tué du maquis.

Les maquisards regagnent tant bien que mal le Châtelars se doutant bien que les représailles n’allaient point tarder. Ils évacuent leurs blessés vers Angoulême. Rassemblés au château du Gazon chez Mme de Villemandy, ils se diviseront en trois groupes plus tard. René Simon vient réclamer le corps de son fils Maxence le 6 février ; il sera gardé à vue trois jours avant d’être libéré.

Arrive cette triste journée du mercredi 22 mars 1944 qui restera gravée à jamais dans la mémoire des Chasseneuillais et des habitants des environs. C’est jour de foire à Chasseneuil. Encerclés par 2 000 hommes environ, les habitants sont invités à ne pas sortir de chez eux et les personnes se rendant à la foire sont refoulées. Les chars, automitrailleuses et voitures blindées sillonnent la ville « bouclée ». Le tambour de ville Fermont, debout dans une voiture allemande encadré de deux soldats, sonne de la trompette dans les rues et  lit  l’avis : « la circulation est interdite jusqu’à nouvel ordre. Les soldats allemands ont l’ordre de tirer sur toute personne circulant ». Toute la journée les allemands dirigent les habitants sans ménagement, les bras levés, dans les salles d’écoles transformées en salles d’interrogatoire, d’identification. Aidés par la feldgendarmerie, la SIPO d’Angoulême et les G.M.R. (gardes mobiles républicains, prédécesseurs des C.R.S.), les miliciens locaux vérifient... leurs grandes listes de suspects !...

Le maire Jean-Félix Massonnaud n’en mène pas large ! Requis au centre d’identification, entouré d’allemands, de miliciens, il ne connaît pas la suite que vont avoir ces événements : tout est possible pense-t-il. D'autres personnes sont arrêtées, bras levés contre le mur du cimetière. Pendant ce temps vers 6h, René Blanc blessé de deux balles de mousqueton est évacué sur La Rochefoucauld par un médecin allemand et y meurt deux heures plus tard. Louis Roche blessé au bras gauche sera amputé ainsi que Marcel Terracher amputé de la jambe gauche.

« Bien aidés par des dénonciations, les allemands interrogent des centaines de personnes toute la journée. Toutes les maisons de Chasseneuil sont visitées des caves aux greniers. Ils se rendent au château d’Edouard Pascaud, y perquisitionnent, et arrêtent en son absence, son fils Guy. D’autres perquisitions ont lieu à Chavagnac, au Ménieux et « Chez Tarlat ».

Une jeune fille de 18 ans, Marthe Gauthier, qui se rendait à Chasseneuil en vélo, fut avertie, avant d’y arriver, de la présence des allemands en ville. Elle rebroussa chemin et alla à Cherves prévenir Chabanne. De toute façon, des maquisards ne seraient pas descendus à Chasseneuil un jour de foire !... Les allemands ne trouveront rien de compromettant à Chasseneuil et repartiront en camions et en trains à 17h. 400 personnes environ sont relâchées. Celles qui sont arrêtées sont emmenées, enchaînées dans des camions, à Poitiers ( à la prison de la Pierre levée). Parmi elles se trouve Guy Pascaud qui sera déporté en Allemagne le 10 mai. Au total plus de cent personnes arrêtées seront libérées plus tard.

On apprendra les jours suivants, la tragédie qui s’est déroulée au même moment, le même jour à Négret dans la grange d’Andourchapt, où des résistants se cachaient. Arrêtés, 33 d’entre eux furent torturés puis fusillés le 8 mai 1944 à Biard près de Poitiers.

Le soir même, un train allemand déraille avant Angoulême grâce à la section spéciale de sabotage (S.S.S.) de Jacques Nancy.

Après ce 22 mars 1944, après la peur, l’écœurement, la suspicion, plus rien ne sera comme avant à Chasseneuil... Il y aura d’autres arrestations. Le 19 avril Abel Bonneau et le pasteur Armand Barral, tous deux soupçonnés d’aider la résistance sont arrêtés, mais très vite libérés. C’est au tour de Léonard Braquet le 1er mai. Au début juillet, Chabanne installe son P.C. à Cherves. Deux compagnies sont alors formées, la première aux Jaulières, la deuxième à Brassac.

Le 14 juillet 1944
les deux compagnies défilent dans Chasseneuil et le commandant Chabanne passe les troupes en revue place de l’église, après une manifestation devant le monument aux morts de 14-18. Du balcon de l’hôtel de ville il s’adressera à la population. En même temps il publie un petit journal « Bir’Hacheim ».

En août, les colombophiles de Chasseneuil vont équiper les compagnies du maquis pour les liaisons. Ils auront toujours un pigeon voyageur avec eux.

Bir’Hacheim participera à de nombreuses autres actions. (Lire les livres de Raymond Troussard  « Le maquis charentais Bir’Hacheim » avec des mises au point nombreuses ou erreurs faciles à corriger, et « Ami, entends-tu ? » de Guy Hontarrède.)

Le vendredi 1er septembre 1944 Angoulême est libéré.

André Chabanne, nommé Lieutenant-colonel de l'armé régulière F.F.I., donne l'ordre de pavoiser et de faire battre le tambour à Chasseneuil, La Rochefoucauld, Cherves et Montemboeuf. Puis il décide de poursuivre l’ennemi en direction du front de l’Atlantique, c’est à dire à travers la Charente-Maritime. Arrivé à Rochefort où il établi son P.C. pour quelques jours, il fait reconnaître officiellement le 1er régiment Bir’Hacheim qui deviendra peu de temps après, le 6ème régiment d'infanterie et opérera devant la « poche de La Rochelle ».

Le lieutenant-colonel Chabanne, nommé chef de la subdivision militaire de Charente-Maritime, installera son P.C. et son état-major à Saintes le 11 septembre 1944. Madame Nebout, nommée lieutenant de l'armé régulière F.F.I. y assurera son secrétariat personnel et celui de l'état-major, ainsi que l’encadrement de l’ensemble du personnel féminin employé dans les différents bureaux. Ceci jusqu’au 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande, donc de la fin de la guerre.

Revenu à la vie civile, Chabanne sera élu député de la Charente pour 2 ans, mais ne sera pas réélu. Il réintégrera l’enseignement avant d’être nommé délégué aux sports en Afrique. De son côté, Mme Nebout, après un séjour de 2 ans et demi dans l’armée régulière de l’air comme lieutenant d’encadrement, reviendra elle aussi à l’enseignement primaire. Quant à Guy Pascaud, après son retour de déportation au début de l’été 45, il fera une longue carrière politique en tant que sénateur. Il succédera à son père à la mairie de Chasseneuil et terminera comme président du conseil général de la Charente. Les 3 co-fondateurs de Bir’Hacheim sont finalement sortis vivants de cette triste guerre. Seule parmi nous encore aujourd’hui, « Chef Luc » habite La Rochelle et témoigne toujours de cette époque difficile à oublier !...

(1) "Ruée vers l'ouest avec : +0 kg de bagages". Catalogue du cinquantenaire de l'évacuation (27 août-3sept 1989).
(2) Archives municipales. Registre de délibérations.
(3) Archives municipales : « Les chantiers de jeunesse ».

Guy Pascaud à son retour de déportation.

Le 22 septembre 1944 à 12h 10 est close la dernière réunion de la municipalité installée par Vichy. Aussitôt Edouard Bordier, adjoint, qui remplit les fonctions de maire, convoque les membres de la nouvelle municipalité pour le samedi 30 septembre à 16h. Tous sont présents sauf un malade M. Senelle. Mrs Edouard Bordier, Quenouille,  Clerfeuille,  Lacoux,  Banlin,  Servant,  Rougier,  Braquet,  Gamaury,  Chambord,  Tingaud,  Bouillon,  Deslias,  Vaissières procèdent à l’examen des « questions les plus urgentes ». Puis ils adoptent la motion du jour proposée par M. Braquet à l’adresse du Général de Gaulle, savoir :

« La nouvelle municipalité provisoire de Chasseneuil, aussitôt la passation des pouvoirs de l’ancienne délégation, réunie sous la présidence de M. Edouard Bordier, adjoint, faisant fonction de maire, s’empresse d’adresser à l’artisan de la Résistance Française, au chef du gouvernement provisoire de la République, le Général de Gaulle, l’expression de sa vive admiration et son respectueux attachement. Grâce à lui, nous voyons enfin poindre la complète libération de notre pays.

En cela, nous n’oublions pas, dans cette adresse, de féliciter et remercier du fond du cœur nos alliés, anglais, américains et russes, que nous associons à notre grand chef militaire. Tous ils nous préparent la voie afin de nous permettre de reconquérir nos libertés foulées aux pieds par la trahison vichyssoise, et d’édifier une République Française rénovée, aimée et généreuse, digne de nos martyrs.

Elle tient particulièrement à adresser un hommage ému à ses jeunes maquis tombés sous les balles allemandes à Poitiers, le 8 mai 1944, dont la plupart des édiles de la nouvelle municipalité furent les compagnons de captivité.

Enfin, la nouvelle municipalité adresse ses remerciements et sa reconnaissance aux F.F.I pour la grande et noble tâche accomplie dans la libération de notre région et de notre territoire. Et aussi son admiration pour les braves qui sont, hélas ! Tombés pour cette grande cause.

Vive la République,
Vive le Général de Gaulle,
Vive les alliés,
Vive Chasseneuil  !!! » (1)


Dès la fin de l’année 1944,  des comités de libération et d’épuration vont agir dans la France entière. Un livre entier pourrait être écrit sur cette période trouble de la libération, sur cette « justice du peuple ». C’est une période noire de notre histoire. On imagine le traumatisme des habitants de notre région, traumatisme aggravé par les dénonciations en tous genres, les règlements de comptes entre maquisards et collaborateurs, par les vieilles haines qui resurgissent. Cette période n’allait pas faire honneur au pays, à la fière Résistance, aux valeureux volontaires. La libération allait faire de nouvelles victimes, parfois innocentes. Il suffit de lire les gros livres des comités de libération de la Charente dans lesquels sont cités, entre 1944 et 1946, plus de 1505 noms avec leur « chef d’accusation » !... (Milicien, collaborateur, sentiments pro-allemand, mais aussi femme de...fils ou fille de... etc.) Auxquels aucune suite ne put être donnée, faute de preuve à beaucoup d’entre eux.(2)

Dans notre région « le tribunal » de Pressac à Saint-Quentin, cinquante ans après, fait toujours parler de lui. Personne n’a oublié les suspects et les fusillés...

(1) Archives municipales. Registre des délibérations.
(2) 5 gros livres des comités : Propriété de l’auteur


Extrait du livre « Chasseneuil sur Bonnieure – De la préhistoire à nos jours » de José Délias.

Bir'Hacheim

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Organisateurs de Bir'Hacheim

LES TROIS ORGANISATEURS DE « BIR’HACHEIM »

Le chef André Chabanne dit « Jacques Blanchi » - Hélène Nebout dite « Chef Luc » - Guy Pascaud dit « You »

Le chef André Chabanne dit « Jacques Blanchi »

Né à Cherves-Châtelars le 5 avril 1914, orphelin de guerre 14-18, il est élevé par sa grand-mère. Suit les études secondaires au Lycée de Chasseneuil avec une bourse d'État.
Entre à l'École normale d'Angoulême en 1931.
Fait la guerre de 1939-40 au 23ème régiment d'Infanterie Coloniale.
Comme beaucoup de soldats français, pris dans la débâcle de juin 40, il est fait prisonnier le 17 de ce mois.
Dès le 23 juin, il s'évade, mais il est repris le 25 juin.
Envoyé aussitôt en Allemagne, il créé au camp disciplinaire de Clappenburg, un groupe chargé de préparer les évasions en collectant vivres, cartes et habillement civil.
II échoue dans une tentative le 3 mai 1942.
Résolu, persévérant, il recommence le 10 juin et après maintes péripéties, il atteint la frontière hollandaise sur l'Ems mais il est repris au moment de passer en Hollande.
Envoyé dans un camp disciplinaire en Rhénanie, il réussit enfin le 1er novembre 1942 à fausser compagnie à ses geôliers.
Son évasion durera deux mois, deux longs mois, pendant lesquels il marchera uniquement la nuit, sans arrêt, ce qui le sauvera.
On peut imaginer les angoisses et les difficultés qu'il lui a fallu surmonter au cours de cette marche de 600 km en Allemagne et en France occupée.
Bien évidemment, André Chabanne est l'objet d'actives recherches de la part de la Gestapo qui retrouve sa trace et le manque de peu en mars 1943, les policiers entrant par la porte de l'établissement où il travaille dans la région parisienne alors qu'il saute par la fenêtre. Paris lui était interdit.
II revient à Cherves-Châtelars, aux Jaulières, où il s'installe dans les 2 pièces de la maison de sa grand-mère (c'est là qu'il hébergera les premiers maquisards après que ceux-ci aient quitté leurs « gourbis » des bois).
II est nommé Secrétaire de Mairie à Cherves où il sera apprécié de tous.
II reprend l'enseignement au Lycée de Chasseneuil et ses mandats mensuels sont envoyés en Charente avec la complicité de M. l'Inspecteur primaire de Confolens et surtout du Directeur de l'Enseignement à Paris, mis au courant de la situation d'André Chabanne et qui accepte cette combinaison.
Et c'est en fin juillet 1943, qu'André Chabanne décide de faire quelque chose d'important.
Avec le soutien d'amis de la région de Chasseneuil, tous patriotes comme lui, il va essayer de rentrer en contact avec l'Armée Secrète, mais l'affaire de Taponnat fin août, va être fatale à nombre de résistants de la région.
Et c'est là qu'interviendra la ténacité d'André Chabanne. Alors que tout le monde se récuse, se terre et dit que rien n'est plus possible, lui va continuer et aider les réfractaires en les hébergeant pratiquement chez lui aux Jaulières et en les ravitaillant lui-même dans les tous premiers jours.
N'étant pas soupçonné à son poste d'enseignant à Chasseneuil, il va organiser avec Guy Pascaud et « Luc » Madame Nebout « son » maquis.
Après le 22 mars où il est absent de Chasseneuil ce jour-là, ayant enterré la veille son jeune fils de quelques semaines, il comprend que cette fois, il ne peut plus être à l'abri d'une arrestation et il rejoint définitivement le maquis qu'il a contribué à organiser car la tête est démantelée avec l'arrestation de Guy Pascaud et la fuite obligatoire de « Luc ».
Et il va continuer à organiser Bir’Hacheim et l'arrivée des volontaires de plus en plus nombreux à l'appel de la France Libre après le 6 juin.
Et ce ne sera pas une mince affaire de pourvoir à l'armement successif de 9 compagnies et de près de 1.800 hommes en 2 mois 1/2.
Ravitaillement, plans d'attaques et de défense, montage d'opérations, sécurité du maquis, etc. lui prendront tout son temps et feront aussi qu'il se retrouvera Colonel malgré lui car son désir était certain, qu'un officier d'active, par exemple un commandant expérimenté, vienne au maquis prendre le commandement militaire car il était un organisateur, mais pas un baroudeur.
Hélas ! Ce messie ne viendra pas.
Le 2 septembre 44, le Colonel André Chabanne doit, à regret, abandonner l’idée d’être nommé Chef de la Subdivision Militaire de la Charente, au profit du Colonel Bernard Lelay, entré le premier dans Angoulème, le jour de la libération de la ville, alors que le Colonel Chabanne lutte avec ses maquisards, sur la N.10, un peu au nord d’Angoulème, pour contrer au maximum la remontée des troupes allemandes vers la Normandie.
Désirant poursuivre la lutte jusqu'au Front de l’Atlantique, il est nommé Chef de la Subdivision Militaire de Charente-Maritime, pour superviser les poches de ce département,  surtout  celle de  La Rochelle – Rochefort. Il établit son P.C. à Saintes et demande à Hélène Nebout  d’y  effectuer  le secrétariat  de  l’Etat-major. L’ancien maquis Bir’Hacheim, devenu 1er Régiment Bir’Hacheim, sous les ordres du Colonel Chambre, avant d’être intégré au 6ème Régiment d’Infanterie, passera ce rude hiver 44/45 dans de nombreux marais insalubres. Ce sont surtout les anciens maquisards de Dordogne (exemple : A.S.5) qui opéreront sur la poche de Royan.
André Chabanne fera par la suite une carrière politique…

DECORATIONS
Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur
Titulaire de la Médaille de la Résistance
Titulaire de la Croix de Guerre
Titulaire de la Médaille des Évadés

Décédé le 12 février 1963 à Beurlay en Charente-Maritime, il repose dans la crypte du Mémorial de la Résistance de Chasseneuil-sur-Bonnieure.
La silhouette d’André Chabanne figure sur les bas-reliefs de ce Mémorial (côté droit), où il symbolise la Résistance armée du maquis.

Hélène Nebout dite « Chef Luc »

Parmi les organisateurs du Maquis Bir’Hacheim de la Charente, Hélène Nebout a tenu un rôle important. En 1940, elle est institutrice à Chasseneuil. Elle entrera dans la Résistance début 1943 et travaillera comme agent général dans la région de Limoges, au service de Jean Gagnant, chef du mouvement « libération-Sud » de Limoges. Début août 1943, J. Gagnant, se sentant menacé, lui demande de créer un noyau de Résistance dans le secteur Chasseneuil – Saint-Claud. Au cours de cette mission, elle rencontre un collègue Pierre Gagnaire qui lui fait part de l’existence d’André Chabanne, réfugié aux Jaulières, qui désire organiser un maquis dans les forêts de Cherves-Châtelars. Dès le lendemain, 12 septembre, elle contacte Chabanne qui accepte son concours. Elle commence par fabriquer de fausses cartes d’identités et de faux certificats de travail, avec un cachet de la mairie de Suaux, obtenu avec l’aide d’une collègue. (Le certificat de travail était obligatoire pour obtenir papiers d’identité et tickets d’alimentation, car la formule nazie était : « qui ne travaille pas, ne mange pas… »). Pour les photos, elle installe chez elle, dans une mansarde, un petit laboratoire où elle développe les photos des réfractaires, prises par elle dans les bois. L’hiver 43-44, elle aide André Chabanne et Guy Pascaud (qui les a rejoints le 15 octobre) à ravitailler de nuit, en vélo, les maquisards, en nourriture, soins et habillement. Les réunions nocturnes, à 3, ont lieu chez elle, sous surveillance extérieure discrète, car la Milice locale soupçonne son action, au point de la désigner « Chef de la Résistance à Chasseneuil ».  (Détail fourni par le gendarme Frachet qui la met en garde). Elle fait nommer Roger River (jeune sarregueminois réfugié en Charente) seul agent de liaison entre Chabanne, Pascaud et elle. Il intègrera, un peu plus tard, la 2ème compagnie du maquis et participera, avec courage et brio, à des combats contre l’ennemi, en tant que passager de la moto de reconnaissance, situation périlleuse.

Le 22 mars 1944, à 5h du matin, invasion allemande S.S. de Chasseneuil et les environs. Deux automitrailleuses, l’une braquée sur la façade de la maison, l’autre sur l’arrière et le jardin, l’empêchent de fuir. A 16h50, un groupe de S.S. vient l’arrêter et commence la fouille. Ne voulant pas tomber vivante entre leurs mains, par crainte de parler sous la torture, elle s’apprête à se suicider avec son révolver, posé sur sa tempe droite, le doigt sur la gâchette. A 17h précises, 3 soldats passent en courant devant sa fenêtre, et, parlant très fort, emmènent les envahisseurs. C’était l’heure fixée pour le départ ! Sauvée à quelques secondes près ! La partie de la maison où elle habitait ne fut pas fouillée.

Le 23 mars au matin, elle part en « ambulance » (pour franchir la ligne de démarcation) en direction de Poitiers, via Angoulème. Sur le quai de la gare, une milicienne de Chasseneuil vient la narguer, avant de rejoindre 2 agents de la Gestapo. A l’arrivée de l’express, elle décide in-extremis, de sauter dans la rame allemande du train (chose interdite qui lui vaut des vociférations nazies) seul moyen d’échapper à la Gestapo, engouffrée dans la rame françaises pour la suivre. Après bien des péripéties, elle arrive en gare de Poitiers, où une double colonne S.S. en attente d’un officier supérieur, la protège, à leur insu, jusqu’à la sortie de la gare. Une voiture à cheval, baptisée « taxi », la conduit chez un ancien professeur qui la met, dès le lendemain, en contact avec la Résistance poitevine. Mme Nebout ne s’est pas rendue à Poitiers pour se cacher, mais pour porter secours aux personnes de Chasseneuil arrêtées la veille, ainsi qu’aux 33 jeunes maquisards de Négret et Guy Pascaud. Un agent double travaillant à la Kommandantur de Poitiers, mais clandestinement pour la Résistance, sera mis à sa disposition. Quelques réussites mais sans plus, hélas ! On connaît la suite ! 33 jeunes fusillés à Biard et Guy Pascaud déporté.

Hélène Nebout revient à Cherves le 11 mai 44. Elle aide Chabanne à structurer les 2 premières compagnies, soit 300 hommes qui seront opérationnels fin juin 44. Avec Jean Luisel, elle prend pendant 3 mois, le commandement de la 2ème Cie à Brassac près de Suaux. En août, elle crée, sur les lieux du maquis des ateliers de couture pour l’équipement des maquisards.

Elle suivra ensuite le Cdt Chabanne à son P.C. de Saintes où elle fera le secrétariat de l’Etat-major. Elle sera présente pour accueillir le Général de Gaulle le 18 septembre 1944 sur la base de Cognac. Le 1er janvier 1945, elle passe dans les Forces Aériennes Françaises de l’Intérieur. Dans son grade de Lieutenant, elle participe aux combats de la Libération de l’Ile d’Oléron (1700 prisonniers) le 1er mai 45. Après la victoire du 8 mai 1945, elle reviendra en Charente. Après 2 ans d’encadrement à la Base de Mont-de-Marsan, elle se fera démobiliser et reviendra dans l’Enseignement en Charente.

DECORATIONS

Officier de la Légion d’Honneur
Officier de l’ordre National du Mérite
Médaille de la Résistance
Officier des Palmes Académiques
Combattant Volontaire 39/45 (titre de guerre)
Combattant Volontaire de la Résistance
Croix du Combattant
Médaille avec rosette de l’Association Franco-britannique
Médaille de la Libération avec barrette

Sa silhouette de maquisarde figure sur les bas-reliefs de la façade du Mémorial de Chasseneuil-sur-Bonnieure où elle sera inhumée lors de son décès.

PRINCIPALES FONCTIONS DE « LUC » Mme NEBOUT DANS LA RESISTANCE

  • 1940  Institutrice école primaire de filles Chasseneuil.
  • Mai 1941  sollicitée pour servir d’interprète à 2 officiers anglais, en mission en France et hébergés à Taponnat. But : faire passer en zone occupée 3 messages codés très importants. J’en prends la responsabilité. Sur 3 semaines, à la ligne de démarcation de Saint-Mary. Mission réussie.
  • Année 1942  passée à chercher une filière pour entrer dans la Résistance métropolitaine. Très difficile, car discrétion.
  • Début mars 1943  Enfin un contact, à Limoges, avec Gagnant, chef régional du Groupe « Libération sud », dirigé en haut-lieu par Lucie Aubrac. Suis acceptée comme agent de renseignements, diffusion de journaux clandestins en Charente, remise de faux-papiers et certificats de travail à des réfractaires au S.T.O., cachés par Gagnant aux alentours de Limoges.
  • Juillet 1943  Gagnant, très surveillé, menacé arrestation, me confie une importante mission : créer un réseau de Résistance, région Chasseneuil, Saint-Claud, voire Confolens (une trentaine de personnes) qui serait rattaché à Limoges. J’accepte. Il me remet de nombreux documents, dont une liaison directe avec Londres, chose rare ! Grosse responsabilité.
  • Juillet 1943  Gagnant, très surveillé, menacé arrestation, me confie une importante mission : créer un réseau de Résistance, région Chasseneuil, Saint-Claud, voire Confolens (une trentaine de personnes) qui serait rattaché à Limoges. J’accepte. Il me remet de nombreux documents, dont une liaison directe avec Londres, chose rare ! Grosse responsabilité.
  • Eté 1943  Au cours de cette mission, contact avec André Chabanne, collègue parisien, prisonnier évadé d’Allemagne et réfugié chez sa grand-mère aux Jaulières, près de Cherves. Il m’accepte comme cofondatrice du maquis qu’il veut y créer. Réunions nocturnes entre les fondateurs (surveillance Milice locale et Gestapo). Visites nocturnes très fréquentes, aux futurs maquisards cachés dans des « gourbis ». Pour l’hiver 43/44, nous les installons dans une ancienne abbaye au Chatelars, près Cherves. Fonctions routinières. Nombreux sabotages, grâce aux parachutages fournis par Londres. Plusieurs combats.
  • 22 mars 1944  La Division S.S. Das Reich envahit à 6h du matin Chasseneuil et la région de St-Claud. Ma maison bloquée par 2 autos-mitrailleuses, je réussis à me glisser dehors pour enterrer des documents. J’attends mon arrestation jusqu’à 16h50. Mon suicide par révolver est prêt car, comme le Cl Bonnier, je ne dois pas risquer de parler sous tortures. Le départ précipité des Allemands à 17h précises, après fouille de la moitié de la maison, me sauve la vie, à quelques secondes près ! Pas d’attaque opérée sur le maquis.
  • 23 mars 1944  Mon départ clandestin pour Poitiers (lieu d’internement des arrêtés de la veille). Prise de contact avec la Résistance locale et interventions par « agent double ». J’y apprends ma condamnation à mort. Indifférence ! Le 11 mai 44, je retourne en Charente, au P.C. de Cherves.
  • 13 mai 1944  Chabanne m’envoie, en soutien de Commandement, au P.C. de la 2ème Cie (les plus anciens) à Brassac près Suaux.
  • Mi-août 1944  Chabanne me demande de revenir à Cherves et d’y monter un atelier de confection de tenues maquisardes. Je livrerai ces tenues, de nuit, aux différentes Compagnies.
  • En   même  temps,  je  dois  veiller  au  bon  fonctionnement  de  l’Hôpital  Bir’Hacheim, installé  au  collège  de  garçons  de  Chasseneuil : 1 docteur : Daulhiac + 1 infirmière-major Mme Martin de Fontafie + quelques infirmières. J’y visite les blessés.
  • 31août-1er septembre 1944  Libération d’Angoulème.  Chabanne et moi sommes nommés officiers de l’Armée Régulière F.F.I. (reconnue par Londres et Paris). Lt- Cl Chabanne, chef de la Subdivision Militaire de Charente-Maritime, me demande de le suivre à son P.C. de Saintes. J’y fais le courrier de l’État-Major de la Subdivision.
  • 14 septembre 1944  Réception du Général de Gaulle sur base de Cognac. Mission d’inspection sur la « Poche de la Rochelle ».
  • 1er janvier 1945  je demande mon affectation au groupe « Bir’ Hacheim-aviation » rattaché à la Subdivision Mil. Changement d’uniforme, mais même fonctions E.M. J’appartiens alors aux Forces Aériennes françaises de l’Intérieur (F.A.F.I.).
  • 24 avril 1945  Je participe à 1 mission aérienne photographique (sur avion léger) aux abords du dépôt d’armes et de munitions allemandes dans la citadelle du château d’Oléron (île occupée depuis 4 ans) sous le feu des balles ennemies. Photos portées le soir même au Cdt de la 4ème Région Aérienne de Bordeaux qui les transmet de suite à la Base de St-Dizier d’où des bombardiers B 26 (Maraudeurs) iront écraser le dépôt d’armes le lendemain, permettant ainsi la libération prochaine de l’Ile.
  • 1er mai 1945  Je participe aux côtés des Fusiliers Marins de Rochefort, au débarquement pour la libération de l’Ile. Péniches américaines, « Bir’Hacheim-aviation » sur 2 péniches reliées par une plate-forme portant 1 char Sumoa, attendu pour cette libération. Traversée difficile, sous balles ennemies et échouage un moment sur 1 banc de sable. Arrivée à St-Trojan et dégagement jusqu’à St-Pierre d’Oléron. Remise de 2 sacs de courrier à la poste. (Allégresse des gens !). En fin de journée, 1700 prisonniers.
  • 8 mai 1945  Capitulations allemande. Fin de la guerre. Durant 2 jours, je règle les questions courantes. Je reviens à Chasseneuil, accompagnée de quelques anciens maquisards de Bir’Hacheim qui ont tenu à rester avec leur « chef Luc » jusqu’au bout.
  • Août 1945  A la demande de l’Armée de l’Air, je reste dans l’A-Air. Je passe examens d’entrée puis de sortie à l’Ecole des Cadres féminins. Major de ma promotion, du nom de « Normandie-Niemen », suis affectée sur ma demande au C.E.A.M.,  Base de Mont-de-Marsan (encadrement personnel féminin). Cela me permet de prendre des cours de pilotage. Mon parrain de promotion, le Gl CUFFAUT, ex-chef de la célèbre escadrille « Normandie-Niemen » me fera marraine des rescapés de cette escadrille, les Muraux, près de Paris.
  • Fin décembre 1947  Démobilisation et retour à l’Education Nationale.

Guy Pascaud dit « You »

Guy Pascaud, né le 11 septembre 1904 à Chasseneuil, fait des études d’ingénieur à Paris. Après s’être occupé de la « Grande Tuilerie » de Roumazières (entreprise familiale), il travaille à Paris, à l’usine d’automobiles « Delahaye ». Mobilisé en 1939, il combat sur le front de Dunkerque et échappe à la captivité.

Revenu à Chasseneuil, il devient professeur de dessin industriel au collège de garçons.

Alors qu’il est enseignant au Collège de Chasseneuil, il voit un jour chez l'un des fermiers de son père, toute une équipe de jeunes gens, solides et tous du même âge qui aident le fermier dans les travaux de la terre.

Ces jeunes gens reconnaissent, embarrassés, qu'ils sont là frauduleusement, ayant refusé le départ en Allemagne.

C’est le début de l'entrée dans la Résistance de Guy Pascaud, car bien sûr il confirme la décision du fermier et se met en rapport, avec son collègue André Chabanne et après « l'affaire » de Taponnat, ils décident d'emmener ces jeunes gens dans le 1er « gourbi » de Fougère, le danger d'une dénonciation milicienne devenant trop imminent.

Avec Chabanne et Madame Nebout, il occupe ses nuits à ravitailler leur maquis, tout l’hiver.

C'est lui qui, en octobre 1943 fait affilier le petit groupe maquisard à l'Armée Secrète sous le n°18 lors de rencontres avec les responsables nationaux, à Chabanais et Brive, rencontre organisée par Madame Nebout qui a précédé tout le monde dans la Résistance et à ce titre, connaît d'autres chefs (1).

Ensuite, André Chabanne veut qu’il s’occupe activement des réfractaires du maquis de Négret, dans la région de Saint-Claud, et surtout de les discipliner militairement.

Malheureusement, il n’a pas le temps de réaliser cette mission, car le drame du 22 mars 44, de part l’arrestation de ces 33 maquisards, leur internement à Poitiers ainsi que l’arrestation de Guy Pascaud et son internement à Poitiers, annihilent ce projet.

Déporté  en  Allemagne dans les camps de la mort lente, successivement à Neuengamme près de Hambourg et Sachsenhausen au nord de Berlin, il aura la chance d’en revenir en été 1945.
Il fera ensuite une carrière industrielle et politique en Charente.

Avec ses neveux, Maurice et Paul Saulnier, ils créent la Sté Toubois en novembre 1947.

Il est maire de Chasseneuil de 1953 à 1970, Sénateur de la Charente de 1948 à 1979 et Président du Conseil Général de la Charente de 1956 à 1979.

Il décède à son domicile à Chasseneuil le 7 décembre 1979.

DECORATIONS
Commandeur de la Légion d’Honneur
Médaille Militaire
Médaille de la Résistance
Médaille des Déportés
Croix de Combattant Volontaire de la Résistance

La silhouette de Guy Pascaud figure sur les bas-reliefs du Mémorial de Chasseneuil (côté gauche), où il représente la Résistance estudiantine. Il est inhumé dans son caveau de famille, au cimetière de Chasseneuil.

(1) André Chabanne n’avait plus de contact sur le plan national depuis l'arrestation du Colonel Penchenat et des Généraux Jouffrault et Delestraint.Seule Madame Nebout, grâce aux documents confiés par Gagnant en août 43, pourra renouer avec les hommes de Londres.

CLAUDE BONNIER

CLAUDE BONNIER
COMBATTANT DES GUERRES 14-18 ET 39-45

Claude BONNIER, né à Paris le 4 novembre 1897, quitte le 6 avril 1915 la classe de mathématiques spéciales du Lycée Condorcet à Paris pour signer son engagement pour la durée de la Guerre. Il a 17 ans.

Après un court séjour à Montpellier, il part le 26 juin à l’Ecole d'officiers à Angers et le 23 septembre, il est nommé Aspirant au 3ème Génie et envoyé aux Eparges, près de Verdun, où la bataille fait rage. Le 6 novembre 1916, il est nommé sous-lieutenant. Avec sa compagnie, ils sont envoyés en renfort dans différents points brûlants dont la côte 304 et le Mort-Homme où les gaz asphyxiants font leur apparition.

Au début de l’année 1916, le 3ème Génie vient se fixer à Vauquois, où règne la guerre souterraine : la terrible guerre des mines. Le 26 juin, à moins 45 mètres, par une explosion ennemie, Claude BONNIER est enterré vivant et sauvé par un de ses hommes.

Le 6 novembre 1917, il est envoyé sur le Front d’Italie dans une guerre de mouvements. Fin mars 1918, c’est le retour en France où il participe à la bataille de la Somme...

A l’Armistice du 11 novembre 1918, Claude BONNIER est Lieutenant, Chevalier de la  Légion d'Honneur et Croix de Guerre avec quatre citations. Majeur depuis sept jours, il a donc 21 ans.

LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Précocement mûri, Claude BONNIER reprend ses études. Au bout de dix mois de travail acharné, il est reçu dans les tous premiers à l’Ecole Polytechnique et premier à l’Ecole des Mines, il choisit cette dernière et en 1922 il en sort ingénieur civil des Mines, il a 25 ans.

Claude BONNIER choisit alors les sciences physico-chimiques et travaille pendant trois ans à la Sorbonne dans le laboratoire d’Henri LE CHATELIER. En 1925, il soutient avec succès une thèse de doctorat ès sciences physiques.

Dès 1926, c’est l’Ingénieur Général DUMANOIS, Directeur des Services Techniques de l’Office National des Combustibles Liquides qui fait appel à Claude BONNIER pour diriger les recherches dans l’organisme qu’il vient de créer à Bellevue.

Chef du service des essais, il fait de nombreux travaux sur le fonctionnement des moteurs à explosion et leur bilan thermique, sur le réglage de la carburation par les analyses de gaz d’échappement, sur la détonation et la mesure des valeurs antidétonantes des carburants, sur l’emploi des carburants d’origine française, purs ou en mélange, sur la mesure de couples moteurs et l’étude des vibrations de torsion.

En 1929, il publie une note à l’Académie des Sciences sur la détermination des températures dans les moteurs à explosion.

En 1933, une autre note à la dite Académie des Sciences sur les conséquences possibles de l’emploi dans les moteurs de carburants à haute valeur antidétonante.

En juin 1937, Claude BONNIER est nommé Directeur de la Société Nationale de Construction des moteurs « LORRAINE » à Argenteuil et réalise d’importants travaux scientifiques.

AIDE AUX REPUBLICAINS ESPAGNOLS
Prévoyant la catastrophe mondiale qui se prépare au travers de la guerre civile en Espagne (juillet 1936 - mars 1939), trois hommes exceptionnels vont joindre leurs efforts pour apporter leur soutien aux Républicains espagnols en équipant «L'Escadrilla España» :

  • Jean MOULIN, responsable ministériel, chef de cabinet du Ministre de l’Air,
  • Claude BONNIER, directeur d’usine d’aviation nationalisée, chargé de la maintenance,
  • André MALRAUX, combattant volontaire, chef d’escadrille, en place à Madrid.
 2 SEPTEMBRE 1939 : LA GUERRE
Claude BONNIER, commandant-mécanicien de l’Armée de l’Air, est affecté à un parc d’aviation de Chartres où Jean MOULIN est Préfet depuis le 22 février. Le réflexe des deux hommes est identique : ils demandent à partir au Front. Seul Claude BONNIER réussi à être affecté à Gravelines (Nord) près de Dunkerque pour créer un autre parc et prend part aux combats de défense de cette ville. Repli sur Dunkerque où il embarque avec ses hommes. A la sortie du port, vers minuit, le bateau saute sur une mine  mais flotte… Les occupants sont recueillis par de petites embarcations. A 9 heures, le sauvetage est terminé. Le commandant BONNIER quitte le bord. Ils sont embarqués sur le "SIROCO" et gagnent DOUVRES.

Revenu en France, le parc effectue,  sur ordre, sa retraite à VIANNE (10 kms d'AGEN). Le Commandant BONNIER, démobilisé en août 1940, rentre à PARIS. L’usine d’Argenteuil est aux mains des Allemands.

ALGER
Bien que très affecté par la défaite de juin 1940, Claude BONNIER se remet au travail. Il est convaincu que la France demeurera en A.F.N. et qu’il faut immédiatement préparer là-bas son potentiel militaire. Il gagne ALGER où il entreprend l’étude, puis la construction d’un moteur de sa conception. Il crée un atelier à Paris, puis une usine à Alger, qui, elle, travaillera pour la France. Il fait la navette entre Alger et Paris. En octobre 1942, BONNIER est à Paris d’où il repart pour Alger et arrive le 6 novembre. Il a "passé" la ligne en cachant son uniforme.

LONDRES
Le 6 novembre 1942, Claude BONNIER s’engage dans les Forces Françaises Combattantes. Gaulliste de la première heure, il a publié divers articles dans la presse clandestine. Il travaille à un important mémoire sur les problèmes d’actualités, entreprend un projet de transports et se met à l’étude d’une armée spéciale qu’il soumettra au Général de GAULLE, dont il recevra les félicitations.

Parti d’Alger le 28 avril, il arrive à Prestwick, au sud de Glasgow le 11 juin après un périple étonnant de plusieurs milliers de kilomètres.

CENTRE D'ENTRAINEMENT
Claude BONNIER suit  l’entraînement au camp de Camberley, puis un stage à l’école de parachutistes de Largo en Ecosse. Il obtient son brevet d’officier parachutiste : Il a 45 ans.

Le 8 octobre 1943, il rencontre le chef du B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d’Action) et lui confirme son intention de partir. Il écrit : « Mon départ est décidé pour la prochaine lune, région de Bordeaux » ; Puis le 1O novembre : « Je suis prévenu que le départ peut avoir lieu à partir de demain ».

ATTERRISSAGE ET INSTALLATION DU D.M.R. EN FRANCE
Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1943, par opération aérienne double « Lysander » sur le terrain « Albatros » et annoncée de Londres par le message :
« L’oiseau des mers prend son vol ce soir ». La  campagne charentaise accueille Claude BONNIER : "HYPOTENUSE", premier Délégué Militaire Régional, accompagné de Jacques NANCY "SAPE", son adjoint et chef saboteur de la Région B. Ce sont deux officiers parachutistes formés en Angleterre pour effectuer des missions en France. Ils sont deux ingénieurs à forte personnalité venus lutter de toutes leurs forces pour l’indépendance de la France.

Au sol, dans la Grande Prairie, en bordure de la Charente, sur la commune d’Angeac, l’équipe de réception du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) dirigée par « MARIOTTE » (Guy CHAUMET) comprend :
  • Jean MESSIGNAC,
  • Charles FRANC,
  • René CHABASSE,
  • Dany CHAUMET,
  • Pierre BARRERE,
  • Marcel LABRANDE.
Le Centre opérationnel se trouve chez le « Pointu » (Charles FRANC) à Ronfleville, commune de Malaville (Charente), lieu de passage et de refuge d’agents du B.C.R.A. et d’aviateurs tombés en France dans l’attente d’un avion pour regagner Londres.

Dès son atterrissage, Claude BONNIER « HYPOTENUSE » s’entretient avec Guy CHAUMET qui l’informe de la tragique situation régionale après ce qui est appelé l’affaire Grandclément. De nombreux dépôts d’armes ont été livrés et avec eux presque tous les chefs départementaux et locaux. La Gestapo a désorganisé la Résistance en Région B. Le découragement atteint les meilleures volontés.
« HYPOTENUSE » décide de partir immédiatement pour BORDEAUX avec son adjoint Jacques NANCY, "SAPE". Il ne se fait aucune illusion, sait les dangers qu’il va rencontrer pour reprendre les contacts, les risques possibles de trahison. Ne connaissant personne à BORDEAUX, Jean MENSIGNAC, du B.O.A. est choisi pour les accompagner et trouver logements, boîtes aux lettres, courriers et tous les liens qui leur sont nécessaires pour mener à bien leur mission. Heureusement que les MARGARITI, plus dévoués que jamais, Mme HARRIBEY, Mme BABILLOT, le Docteur Louise LE PORZ acceptent de les héberger.

Les contacts indiqués par Londres se révèlent presque toujours  impossibles ou dangereux. A Bordeaux, un contact efficace fut celui avec le Chef des renseignements régionaux, le Docteur Jean POINOT, chirurgien résidant à l’hôpital Saint-André, avec lequel il prépara les plans de destruction des carrières de Jonzac et étudia la possibilité de faire effectuer des parachutages massifs dans les Landes et sur la Côte Atlantique pour répondre au « Plan Churchill », abandonné par la suite, car il s’agissait d’un plan « d’intoxication » pour maintenir les troupes allemandes dans le Sud-ouest jusqu’au débarquement.

Puis des difficultés majeures apparaissent très vite avec le chef O.C.M. de la Résistance bordelaise qui est hostile à toute activité armée, et à des contacts avec la Gestapo (S.D.).

ORGANISATION DE MAQUIS
Avec l’impulsion donnée par « HYPOTENUSE », les bonnes volontés se font jour. Dès le début paraissent SOUQUES de Bordeaux et TOUYA, ingénieur des travaux publics des Basses-Pyrénées, résidant à Bordeaux qui met sa voiture à la disposition du D.M.R. Rapidement, l’homme d’action qu’est Claude BONNIER est obéi et écouté partout. Pour commencer son travail, il a évincé les groupes peu sérieux ou recherchant uniquement l’argent. Son activité est extraordinaire, pratique avant tout. Sa mission est de coordonner les mouvements de Résistance de la Région B et de créer de nombreux groupes de choc ou de saboteurs. Pour y parvenir, il organise d’abord un réseau de chefs départementaux ayant sous leurs ordres des chefs locaux, responsables de plusieurs équipes de 5 à 1O hommes. Une fois le réseau mis en place, il faut armer et instruire ces équipes.

Ce travail est souvent dangereux car l’étendue du territoire (six départements) à organiser force à de nombreux voyages avec des contrôles fréquents dans les trains et dans les gares. Il faut une chance inouïe pour y échapper avec des valises pleines d’armes. De plus, il faut prendre contact avec de très nombreuses personnes avec le risque de bavardage ou des rencontres peu sûres.

La mise en place des chefs départementaux et locaux est assez rapide et ceux-ci créent relativement vite leurs équipes. L’armement et l’instruction sont plus longs et se font d’abord dans les Landes et en Charente où se trouvent les dépôts d’armes.

Pour Claude BONNIER et Jacques NANCY, c’est un travail intensif, ils n'arrêtent pas : aujourd’hui dans les Deux-Sèvres, demain dans les Landes, faisant des démonstrations, déterrant des dépôts, distribuant des armes, formant des équipes. Partout le D.M.R. et son adjoint jouissent d’estime et de prestige.

Fin janvier 1944, déclare Jacques NANCY, « nous avons créé, armé, instruit, dans la Région B, environ 70 groupes, mis en place le Plan VERT.

« HYPOTENUSE »  avait, dans plusieurs départements (Landes, Charente et une partie de la Gironde), obtenu l’union de plusieurs groupes de Résistance et cette action avait donné lieu à de très bons résultats ».

VISITE DU MAQUIS
En décembre 1943, le D.M.R. et son adjoint, visitent un maquis des Landes où plusieurs chefs d’autres maquis les attendent.

« HYPOTENUSE » décide que les armes tombées du ciel quelques jours auparavant leur seront distribuées.

Le 5 février 1944, c'est la visite du maquis d’André CHABANNE aux Jaulières, dans la commune de Cherves-Chatelars où l’enthousiasme des maquisards fait plaisir à voir.

Pour rendre hommage à ce maquis,  Claude  BONNIER  le  baptise  du  nom  de «  BIR’HACHEIM  ».  Ce nom qui était alors sur toutes les lèvres et symbolisait l’espoir de la France.

Des armes sont promises.  Elles viendront du ciel dans la nuit du 11 au 12 février (parachutage des Chaumes de Luquet). Les containers seront entreposés dans une cache réalisée par Alcide DURUISSEAU.

André CHABANNE viendra lui-même en prendre possession quelques jours plus tard, le 18 février.

MORT « D'HYPOTENUSE »
Le 9 février 1944, à 3 heures du matin, le D.M.R. quitte l'hôtel de France de Ruffec (Charente) pour Bordeaux d’où il doit passer un  message à Londres. Son adjoint, Jacques NANCY restera la matinée à Ruffec  pour faire des démonstrations d’armes et d’explosifs. Ils doivent se retrouver à 18 h 30, Place des Quinconces, à Bordeaux.

Le Délégué Militaire Régional a été trahi. Dès son entrée dans la maison du radio, Cours Pasteur, à Bordeaux, il est arrêté par des agents du S.D. (Gestapo) et conduit 197, route du Médoc, au Bouscat.

Le radio « KYRIE » (DURAND), arrêté par les services du S.D. avait été complètement « retourné » et depuis deux jours répondait au téléphone pour piéger le D.M.R. D’ailleurs, comme l’indique DOHSE (Chef du S.D.), tous les adjoints de l’ex-chef O.C.M. de la Résistance bordelaise étaient devenus des agents du S.D. (Gestapo).

DOHSE, le Chef du S.D. était en ville au moment de l’arrestation et lorsque le soir il se rendit auprès du Colonel BONNIER pour l’interroger, celui-ci s’était empoisonné à l’aide de sa capsule de cyanure.

Le Colonel Claude BONNIER avait dit à Mme BABILLOT qui codait ou décodait ses messages : « Si vous ne me voyez pas pendant trois jours, c’est que je serai mort. Je ne leur laisserai pas l’honneur de me torturer ».

En quelques minutes,  « HYPOTENUSE » grand scientifique de l’aéronautique française, homme d’honneur et d’action est mort pour la FRANCE.

Sa vie et son sacrifice sont un exemple de courage et de lutte pour la Liberté.
Il est inhumé en 1954 dans la crypte du mémorial de la résistance à Chasseneuil-sur-Bonnieure en Charente.

Le Mémorial de la Résistance

La guerre à peine terminée, « ceux qui restent se doivent de ranimer la flamme du souvenir ».(1) C’est André Chabanne qui eut l’idée de ce monument. Un monument à la gloire de la Résistance se devait d’être grand car le sacrifice de ses héros en était digne. Un comité fut constitué, il restait à réaliser l’idée d’un monument Bir’Hacheim-Foch, idée de la première appellation. A ce moment là les difficultés commencèrent. Tout d’abord, il fallait trouver un emplacement sur lequel s’élèverait le monument. M. Edouard Pascaud, maire de Chasseneuil avec son fils Guy Pascaud, sénateur de la Charente firent don du terrain. L’emplacement de la colline de Chasseneuil fut retenu. De là, on domine toute la région boisée qui servit de refuge aux maquisards charentais.

Vint ensuite l’idée de la forme et de l’importance du monument. La silhouette générale et architecturale est une stylisation très pure de l’emblème des Résistants : le « V » qui dit toute leur foi en la victoire et la croix de Lorraine, symbole de la Résistance.(1) Les idées ne manquaient pas : les bas-reliefs devaient retracer en même temps que l’oppression allemande, la naissance et la vie difficile, délicate mais courageuse de la Résistance. L’idée vint aussi de faire une crypte devant abriter les corps des victimes : fusillés, déportés, combattants tués face à l’ennemi. « Pour que l’œuvre fut à l’échelle du sacrifice, les dimensions devaient être imposantes. On fit appel à l’architecte M. Poncelet qui proposa un monument d’une hauteur de 21 mètres. D’un poids total de 2 000 tonnes, il comprendrait 800 tonnes de béton armé, le reste serait en pierre de taille. Mais la troisième question était : comment allait-on financer ce monument ? Il faut se souvenir qu’en juillet 1944, pour subvenir aux besoins du maquis, car tout manque, M. le Breton, agent à Paris du maquis Bir’Hacheim lance un emprunt permettant de faire vivre le maquis. Deux hommes : Ms Roland Pré et Laîné Bloch permirent le lancement de cet emprunt qui fut une réussite. Non seulement l’emprunt put être remboursé par l’état au moment de la transformation des F.F.I. en armée régulière, mais l’excédent servit à financer le début des travaux en 1945.

Le devis dressé, l’excèdent de l’emprunt avec quelques « mains généreuses » devaient suffire à ériger le monument « Bir’Hacheim-Foch », d’autant plus que la main d'œuvre était gratuite. Soixante prisonniers de guerre allemands organisés en un commando à Chasseneuil, « à la pelle et à la pioche, malaxant le béton ou levant au palan les énormes blocs de plus de 2 tonnes, commencèrent les travaux, élevèrent ces pierres jusqu’à 21 mètres de hauteur ».(1) Travail gigantesque !

Le lundi 26 août 1946 le conseil municipal reçoit une lettre du comité d’érection du monument Bir’Hacheim-Foch, sollicitant de la commune une subvention pour aider à terminer les travaux. Le conseil vote la somme de 10 000 F mais un conseiller, M. Lacoux demande à connaître le montant des dépenses !... Le comité dépensa environ 8 millions et demi de francs de l’époque. Des collectivités locales ainsi que des particuliers aidèrent financièrement cette œuvre, mais l’inflation alla plus vite que les travaux. Le monument restait inachevé. II fallut une intervention de M. Félix Gaillard à l’Assemblée Nationale, le 10 août 1950 pour que les députés votent une somme de 5 millions permettant ainsi l’achèvement du «  Mémorial de la Résistance ». Mais ils demandaient en contrepartie qu’il soit en même temps un cimetière national (appelé aujourd'hui nécropole nationale).

Le mémorial comporte deux parties bien distinctes : la partie architecturale et la partie sculpturale. Techniquement M. Poncelet fut le réalisateur de l’œuvre.
« Pendant que s’élevait la partie architecturale, les sculpteurs réalisaient leur livre de pierre. Guiraud retraçait, sur le côté gauche du bas-relief, la vie de la Résistance civile, tandis que Lamourdedieu inscrivait sur la partie droite la naissance et la vie mouvementée  de la Résistance militaire. Peyronnet gravait sur la croix de Lorraine le sacrifice des fusillés, le martyr des déportés et des prisonniers et représentait, dans la magnifique allégorie du sommet, la France se libérant de ses chaînes ».(1)

Ce monument est situé au cœur d’une nécropole nationale qui regroupe 2255 sépultures abritant les restes des héros de la Résistance.

La crypte, à laquelle on accède par un escalier en spirale, est entourée de 28 cases où reposent les restes de plusieurs héros de la Résistance :

  • Claude Bonnier
  • André Chabanne
  • Pierre Chabasse
  • René Chabasse
  • Abel Constant
  • Maurice Dabadie
  • Joseph Ferreira
  • Marc Roger Geissmann
  • Lucien Gelin
  • Jean Gueret
  • Raymond Guise
  • André Lachaud
  • Bernard Lalay
  • Henri Lelong
  • René Lemaire
  • Justin Mortier
  • Jacques Nancy
  • Roger  Poignonec
  • Alfred Pothuau
  • Maxence Robert Simon
  • Emanuel Vega
  • René Very
  • Villanova (présumé)
  • quatre inconnus dont un présumé Andreyski
  • et plus récemment Mme Bonnier et Yves Fort
  • Mme Nebout y a une alvéole réservée.
Le mémorial est en voie d’achèvement lorsque le président de la  république Vincent Auriol vient l’inaugurer le 21 octobre 1951. Etaient à ses côtés :
  • Gaston Monnerville, Président du Conseil de la République.
  • Jacquinot, ministre de la France d'Outre-mer.
  • Temple, ministre des anciens combattants.
  • Bourges-Maunoury, ministre de la Défense Nationale.
  • Félix Gaillard, sous-secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil.
  • Mme Nebout co-fondatrice du maquis Bir’Hacheim.
  • Laurent-Eynac, vice-président de l’Union Française.
 Ce même jour le comité d’érection du mémorial de Chasseneuil remettait officiellement à la nation le monument édifié à la gloire de la Résistance. Par acte notarié, déposé chez Me Boursier notaire à Confolens, le ministre des Anciens Combattants et Victimes  de  Guerre  s’était  rendu  acquéreur  d’une  parcelle  de  terrain  cadastrée  sous le n°583 section G. Le propriétaire M. Edouard Pascaud ancien député, maire de Chasseneuil avait consenti à cette vente pour 1F symbolique.

Le mémorial en cours de construction devenait donc propriété du ministère des Anciens Combattants et victimes de Guerre sous 2 conditions :
  1. achever la construction du monument
  2. utiliser le dit terrain à la constitution d'un cimetière national.

Le comité était ainsi constitué :

Président : Edouard  Pascaud maire.
Président actif : M. le colonel André Chabanne à Ruelle.
Vice-présidents : M. le commandant Bernard à Angoulême et M. Garry chef de gare à la Souterraine (creuse).
Secrétaire-Trésorier : M. Pierre Burlier instituteur à Chasseneuil.
Membres : M. Garnier, préfet. M. Guy Pascaud, sénateur. M. Bolvin, président de la Fédération charentaise de la Résistance. M. Petit, directeur départemental des C.V.G. Secrétaire général de l’office Départemental. M. Poncelet, architecte et directeur des travaux.

En décembre 1951, « une crise d’autorité » divise les différents membres du comité d’érection.
Mais l’érection étant terminée, le comité doit disparaître. Un nouveau comité est créé, calqué sur les statuts adoptés pour l’Ossuaire de Douaumont.

Dimanche 21 octobre 1951. Le Président, qu’accompagne le lieutenant-colonel Chabanne, se dirige vers la stèle et actionne un dispositif.
L’immense vélum tricolore qui recouvrait la partie centrale du monument tombe lentement.
La Marseillaise retentit, puis éclate l’admirable « chant des Partisans » diffusé par les haut-parleurs.
Après avoir déposé une gerbe, Vincent Auriol s’incline devant les familles des morts glorieux et des disparus, puis procède à une remise de décorations.
De l’estrade d’honneur, il prononcera un discours après ceux d’André Chabanne, du général Cochet, du député Félix Gaillard.

Cinq membres de l'ex comité d’érection du mémorial sont élus à vie, avec comme but de veiller à ce que l’Etat entretienne et garde ces sanctuaires... André Chabanne, Maurice Gary, Charles Bernard, Fernand Bolvin et Pierre Burlier.

Le 18 juin 1960, mise dans la crypte du corps de Maxence Simon, soldat FFI, premier mort du maquis Bir’ Hacheim.

Le 12 juin 1963
le président de la République, le Général De Gaulle accompagné de M. Frey ministre de l’Intérieur et de M. Peyrefite ministre de l’information se rend au mémorial de la Résistance après un court arrêt à Saint-Claud, en venant de Confolens. N’ayant pas été invité à l’inauguration par Vincent Auriol en 1951, il tenait à cette étape. Il y déposa une gerbe après avoir monté les marches du monument, en présence de la veuve de Claude Bonnier, du fils du colonel Chabanne et du sénateur-maire, président du Conseil Général Guy Pascaud. Après avoir salué l’immense croix de Lorraine, il visita la crypte et s’entretient rapidement avec les familles des disparus et les délégations de résistants, car il n’y avait pas de réception officielle à l’hôtel de ville. Le cortège partait ensuite par Taponnat, La Rochefoucauld, Ruelle pour aller à Angoulême.

Le 5 mai 1966 dans le cadre des échanges culturels franco-soviétiques, son Excellence  M. Svistounov 1er secrétaire d’Ambassade d’ U.R.S.S. vient déposer une gerbe au mémorial.
En septembre et octobre 1968, le ministre des anciens combattants fait inhumer 726 corps dans la partie située à l’arrière du Mémorial. Le 14 novembre 1968, Pierre Burlier adjoint remercie M. le colonel  Texier délégué militaire départemental pour le prêt de deux tentes qui servirent d’entrepôt des corps « au moment où s’achève l’inhumation de plus de 600 corps de soldats morts pour la France au cimetière national de Chasseneuil ».(2)

Le 7 mars 1970, visite d’Henri Devillard ministre des anciens combattants et victimes de guerre en présence de Mme Nebout co-fondatrice du maquis Bir’Hacheim.

Le 6 octobre 1971 une réunion des membres du « comité des œuvres du Mémorial » se tient à la Préfecture au sujet des travaux « à exécuter immédiatement pour éviter le pire ! ». Les derniers orages ont occasionné des « dégâts importants aux plates-formes de l’ancien cimetière, en raison de l’écoulement des eaux du nouveau cimetière ».  Assistent à cette réunion : Henri Bourgoin maire, Guy Pascaud sénateur, Pierre Burlier professeur, Roger Beillard directeur d’école, Fernand Poncelet architecte du mémorial et Octave Petit trésorier du comité.

Le 10 juillet 1976, Mme Valéry Giscard-d’Estaing vient s’y recueillir.

Le 7 juin 1983 Mme Thérèse Elisa Renaudel, veuve Bonnier, compagnon de la Libération, inhumé dans la crypte, demande à être inhumée auprès de son mari. Pierre Burlier est d’accord ainsi que le maire Pierre Desrives, surtout après les renseignements donnés par le docteur Mensignac de Nontron qui explique : « elle faisait partie d’un réseau de renseignements « Vengeance », chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire et Croix de guerre 39-45 ». Ses deux filles se rangent aussi de l’avis de leur mère, dont l’état de santé est critique et qui émet ce vœu. En réunion à la Préfecture d’Angoulême, le comité des œuvres du Mémorial vote cette acceptation.

Le 31 août 1984 a lieu l’inauguration de la route Claude Bonnier, chemin de la liberté par Jean Laurain, secrétaire d’état auprès de M. le ministre de la Défense chargé des anciens combattants et victimes de guerre, représentant M. François Mitterrand président de la République , M. Jacques Chaban-Delmas, compagnon de la libération délégué militaire national, du Général De Gaulle en France occupée, M. le Général Simon grand chancelier de l’ordre de la libération et Mme Nebout co-fondatrice du maquis Bir’Hacheim.

Le 11 mai 1996, visite du Général de Boissieu compagnon de la libération.

Le premier gardien du cimetière national sera M. Lavaure. Recruté en mars 1963 Amédée Lafarge fut le gardien et responsable de l’entretien, « l’employé modèle » comme a titré le journal « La Charente libre » lorsqu’il accueillit, le 1er octobre 1997 deux personnes pour l’aider à entretenir la nécropole nationale. Yves Garnier et Alain Lardet remplacent Freddy Duquéroix pour entretenir 21 600 m2 de terrain, 2 255 sépultures, occupées par 2 029 corps dont 585 musulmans et 3 israélites. Le 4 mai 1998 marque le jour de la dernière visite commentée par Amédée Lafarge.

Le Général de Gaulle vient se recueillir au Cimetière National de Chasseneuil. Aidé de deux anciens maquisards du Chatelars et de la forêt d’Horte,
il dépose une Croix de Lorraine, faite de fleurs bleues, blanches et rouges.

Des dizaines d'espèce de plantes, arbustes et ifs, ainsi que ...3000 rosiers ornent les quatre coins du cimetière. « A la mémoire des 4500 combattants de la Charente et de la Charente-Maritime tombés au Champ d’Honneur de 1939 à 1945 et des 1 465 martyrs de la Résistance fusillés ou morts en déportation ».


(1) Mémorial de Chasseneuil. Fascicule vendu au profit du Comité des œuvres du Mémorial de Chasseneuil. 1989.  imp. Aubrée. Soyaux.
(2) Archives municipales. Dossier le Mémorial.


Extrait du livre « Chasseneuil sur Bonnieure – De la préhistoire à nos jours » de José Délias.

De 1945 à nos jours

Le 17 mai 1945 Edouard  Pascaud est à nouveau élu maire de Chasseneuil avec comme adjoint un ancien membre du comité de libération Roger Lacoux. Après avoir été congédié en 1941 par le gouvernement de Vichy, il revient dans sa ville et reprend la place qu’il avait prise pour la première fois le 1er avril 1923. Réélu le 30 octobre 1947, il laissera la place à son fils Guy le 8 mai 1953. Le président du Conseil Général, Sénateur de la Charente démissionne avec tout son conseil en 1970. Quatre maires vont se succéder jusqu’à aujourd’hui. (1998)

Tout d’abord Henri Bourgoin élu le 24 juillet 1970, est un ancien conseiller de Guy Pascaud. Il prend la relève après avoir été solidaire de son maire. Treize ans plus tard, un autre conseiller de la municipalité de Guy Pascaud est élu le 16 mars 1983, Pierre Desrives.

Ensuite, et pour la première fois Chasseneuil va se donner un maire communiste élu le 24 mars 1989. Michel Barral sera aussi élu deux fois conseiller régional et deux fois conseiller général.

Son ex 1er adjoint, Claude Burlier est élu maire de Chasseneuil le 25 juin 1995. Lors des dernières élections cantonales des 15 et 22 mars 1998, il vient de battre Michel Barral alors conseiller régional et le conseiller général sortant Bernard Gras qui est aussi conseiller municipal de Chasseneuil. Trois candidats de Chasseneuil pour un fauteuil au canton de Saint-Claud ! Le maire l’emporte au deuxième tour assez largement contre Bernard Gras après le report des voix en sa faveur du communiste Michel Barral.s » de José Délias.

L’ancienne salle des fêtes

De très nombreuses réalisations vont être effectuées sous ces six mandats. Citons pêle-mêle les plus importantes : tout d'abord le mémorial de la Résistance. Ensuite et toujours on s’occupe des nombreux chemins, des routes et de la voirie. L’éclairage, le réseau d’eau potable et l’assainissement du bourg et des villages sera toujours à l’ordre du jour des différentes municipalités. La rénovation et la construction des écoles de Chasseneuil restent sans cesse d’actualité. Les équipements sportifs n’auront pas été oubliés. Le stade de la gare, le stade de la Fuie, les gymnases, la piscine tournesol, les cours de tennis en sont une preuve. Il y aura aussi la caserne des pompiers, le centre médico-social, la salle des fêtes et la salle municipale, la maison des jeunes (peu respectée) et les ateliers communaux. Les lotissements et surtout la maison de retraite, la maison du « fil d’argent » devenaient indispensables.

Symbole de la vitalité chasseneuillaise d’après-guerre des petites et moyennes industries se sont créées. Malheureusement fermée aujourd’hui la laiterie-fromagerie comptait 200 employés en 1965. Créée en 1957 la Société Prececo emploie 40 personnes. L’usine Toubois, fondée en 1947 est toujours active avec plus de 100 personnes. L’ouverture d’une zone d’emploi, économique, a permis et permettra encore à de petites entreprises de se créer autour de celles qui existent déjà dans toute la commune.

L’activité commerciale est pleine de vitalité. Les commerces sont groupés de chaque côté de cette voie centrale, et à ses abords qu’est la R.N. 141. A côté des 3 « moyennes surfaces » plus d’une centaine de commerçants et d’artisans participent activement à la vie de la cité. Un exemple de cette vitalité : la quincaillerie Desvaux et ses 80 employés dans cinq magasins en Charente. « Si tu ne trouves pas ce qu’il te faut, va chez Desvaux » disent les clients charentais.

Créée en 1965, l’association des commerçants et industriels est très vivante et organise tout au long de l’année différentes manifestations.

La population de Chasseneuil, depuis la dernière guerre a augmenté de façon significative jusqu’en 1990. De 2486 habitants en 1946, 2783 en 1954, 3214 en 1962 (avec les résidants), 3262 en 1968, un petit fléchissement en 1975 à 3131 en 1990 (toujours avec les résidants). Chasseneuil compte presque trois fois plus d’habitants que le chef-lieu de canton Saint-Claud.

Le dynamisme de la population se marque aussi par le très grand nombre d’associations, qui pour certaines ont vu le jour bien avant la loi de 1901 et deux d’entre elles vivent toujours : l’harmonie et le vélo-club ont plus d’un siècle d’existence ! Très peu sont nées entre les deux guerres. Une société de secours mutuels de la classe ouvrière dépose ses statuts le 25 octobre 1922 sous le nom de « la Fraternelle » ; « les anciens combattants » le 8 janvier 1928 ; les « anciens élèves de l’E.P.S. filles » cette même année. Ensuite il y a la « colombophile de Chasseneuil », puis la première société sportive d’après la guerre de 14-18 : « le ping-pong » le 1er janvier 1936. L’année suivante le club de football est créé. Il s’agit de l’USC, « l’Union Sportive de Chasseneuil » née le 4 décembre 1937 qui remporte son premier championnat lors de la saison 1942-1943 devant l’A.S.Chabanais et l’A.S. Roumazières-Loubert. Son « heure de gloire » sera la victoire de la Coupe de l’Angoumois en 1978.

Après 1945, les associations vous « fleurir » : la truite Chasseneuillaise ; le tennis-club ; la boule-lyonnaise ; les commerçants ; le foyer-club des aînés ; les anciens de Bir’Hacheim ; la chasse ; les chasseurs à l’arc ; l’association des motocyclettes d’époque ; le club nautique ; l’association des ouvriers de la laiterie ; le Buggy-radio club ; la « Boule joyeuse » ; le judo-club ; le karaté-club ; l’A.D.M.R. ; le hand-ball ; Radio-Vénus ; le C.A.L.C. ; la gym volontaire ; les cavaliers de la Bonnieure ; Papyrus ; l’Ensemble vocal « Chassanuelh » ; la flèche Charente-limousine ainsi que différentes associations scolaires et départementales subventionnées par la commune.

Signe des temps, la dernière association créée à Chasseneuil en décembre 1997 s’appelle « Les Restos du Cœur »!... Un treizième relais du cœur voit le jour en Charente et, malheureusement dès la première campagne, connaît un fort succès. Pendant trois mois, l’équipe de bénévoles a distribué des repas à plus de 80 personnes tous les samedis.

En 1817 on mettait une médaille au cou des mendiants à Chasseneuil avec ces mots inscrits : « recommandés à la charité ».

Aujourd'hui, « on n’a pas le droit, ni d’avoir faim ni d’avoir froid », chantait Coluche. C’est un cri du cœur !... Nécessaire, obligatoire.

De gauche à droite : Bernadette Beylot, Christian Linlaud, Michel Lambert, Gérard Defoulounoux, Jean-François Arrivé-Beylot, Sandrine Nicoulaud, Laurence Martial, Lisiane Caquais

De « l’équipe » du départ, manque sur la photo Thierry Croslan (en médaillon)

Après la loi du 6 février 1992 fixant l’orientation relative à l’administration territoriale de la  République, Chasseneuil accepte de participer au sein d’une communauté de communes appelée « Intercommunalité ». Des discussions vont avoir lieu dans toutes les communes en vue de l’élaboration d’un projet commun. Certains seront d’accord, d’autres pas, enfin le 31 janvier 1997 l’ensemble des délégués des 34 communes se réunissent à la salle des fêtes de Roumazières, et élisent Jean Everhard maire de Roumazières, président de l'intercommunalité. Avec lui Roger Froin maire de Chabanais, Daniel Bouffard Maire de Montembœuf et Michel Bourdareau, 1er adjoint à Chasseneuil sont élus vice-présidents.

Les délégués pour Chasseneuil sont Mrs : Burlier, Bourdareau, Gimeno, Brevière et Gras.

Chasseneuil prépare le XXIéme siècle dans les meilleures conditions possibles à l'échéance du contournement de la ville par la déviation tant désirée. L’objectif avoué de la municipalité à travers « l’opération cœur de pays » est de redynamiser l’activité commerciale par des travaux d’aménagement du centre-ville. La place Victor Hugo, la rue Bir’Hacheim, la place du Champ de Mars et la place de l’église auront droit à une « attention particulière ».

Chasseneuil est déjà « plongé » dans le XXIe siècle, symbole du dynamisme de sa municipalité, de ses habitants, de ses artisans et commerçants.

Le premier salon des écrivains en 1997.

Extrait du livre « Chasseneuil sur Bonnieure – De la préhistoire à nos jour